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"En fait, je trouve que d'une manière globale, et tout bien considéré, l'univers est trop sérieux."
Dick Shaver

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Samedi 5 avril 2008
publié dans : Le Livre de l'Obscur

revenir au chapitre 1

c’était 1 carnet d’aspect banal... couverture en carton bouilli du genre de celui sur lequel écrivait le grand Hemingway... 1 calepin... le lieutenant de police qui le ramassa n’y prêta aucune attention... simplement il le prit avec des gants & inséra 1 ticket de métro (c’est tout ce qu’il avait de disponible pour ça)là où le carnet était resté ouvert... au cas où...

ensuite il le mit dans 1 pochette plastique qu’il étiqueta... oui... comme à la tévé...

lorsque le carton des pièces à conviction ( ?) arriva sur le bureau du capitaine chargé de l’enquête au 36 quai des Orfèvres le carnet resta au fond... personne ne pensa qu’il pouvait avoir 1 rapport avec 3 morts dans 1 troquet parisien... 3 morts qui prises individuellement n’auraient d’ailleurs rien eu de suspectes... c’est l’ensemble qui était remarquable...

on chercha en vain des virus foudroyants sur les cadavres... des poisons divers... rien...

des crises cardiaques banales ayant provoqué chutes & blessures pour le patron du café & son employé... 1 hémorragie à chaque poignet pour le client inconnu : tailladé comme par des lames de rasoir... là c’était plus curieux : comment avait-il pu faire ça dans le café ?... était-il venu avec ses poignets sanguinolents ?...

les seuls témoins étaient morts...

le carton fut rangé dans 1 armoire du bureau du capitaine avec le carnet & l’enquête se poursuivit... façon de parler d’ailleurs car elle resta au point... mort lui aussi... il fallait 1 élément nouveau pour la relancer... autrement sans être refermée elle resterait en suspens...

les journaux qui l’avaient beaucoup évoquée les deux premières semaines finirent par s’en désintéresser...

1 dimanche soir qu’il était de permanence... après avoir mis au propre & imprimé 6 rapports le capitaine ressortit le dossier & le carton...

il vida le tout sur son bureau & le carnet se retrouva naturellement sur le dessus...

il était seul dans son bureau & la porte était fermée alors il en profita pour ouvrir la fenêtre : il n’en avait pas le droit mais ce fumeur de pipe acharné se dit qu’il avait là 1 occasion d’en bourrer 1 & de l’allumer sans déranger qui que ce soit...

il prit dans 1 tiroir sa blague à tabac & la pipe qu’il laissait toujours avec... la bourrer l’allumer soigneusement & tirer les premières bouffées lui prit moins d’1 minute... ensuite en faisant glisser sa chaise à roulettes il se rapprocha du plateau du bureau pour se concentrer... il prit le carnet en haut de la pile & l’ouvrit là où le ticket de métro était encore en place


(hé hé hé...)

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Jeudi 20 mars 2008
publié dans : Le Livre de l'Obscur

à 7 heures l’établissement ouvrit

temps gris... à la radio allumée près du percolateur qui chauffait le spiqueur annonçait une journée maussade & des températures en baisse

le patron derrière son bar mettait en place les tasses et les soucoupes... disposait la corbeille de croissants que le boulanger venait de livrer

le garçon de salle finissait de passer son coup de balai & allait remettre les chaises sur leurs quatre pieds... lorsque le type entra

il pénétra par la porte ouverte... hésita un instant & choisit une table devant la baie vitrée... là où le garçon venait de balayer

des 2 mains le type prit les 2 chaises retournées sur le plateau & les mit en place... puis il s’assit en écartant les pans de son imperméable pour éviter de s’asseoir dessus

le serveur s’approcha... le type se tourna à demi & lui commanda un grand café d’1 voix sèche... avec un croissant ? demanda le garçon... l’autre fit non de la tête

le garçon acquiesça d’1 léger signe de tête & se dirigea vers le comptoir... le patron qui avait entendu avait mis en route la machine qui faisait déjà couler le café dans la tasse

le type sortit de sa poche 1 épais carnet entouré d’1 élastique & 1 stylo-plume dont il dévissa le capuchon

apparemment les pages étaient déjà bien remplies... il écrasa les pages du carnet à la moitié de l’épaisseur & commença à écrire... le stylo fuyait... le garçon le remarqua en posant la tasse fumante que le stylo écrivait en noir tandis que les doigts du type se maculaient de rouge... mystère... 1 rouge qui coulait sur la page blanche qui s’imbibait

le type s’écroula subitement de sa chaise

1 tâche rouge s’élargissait sous lui sur le carrelage... du sang... 1 sang rouge qui s’accumulait dans les larges joints entre les carreaux brillants

le patron saisit vite son téléphone pour appeler le Samu

intrigué le serveur prit le carnet ouvert & feuilleta les pages... il pâlit & tomba inconscient près du 1er corps... sa tête fit 1 méchant bruit en frappant le sol

affolé le patron contourna son bar & s’accroupit devant son employé... il lui secoua légèrement 1 épaule... pas de réaction

il savait que des secours arrivaient... machinalement il releva la chaise renversée & s’assit... son regard distrait passa sur le carnet dans la main du serveur... il le prit délicatement & en lut quelques lignes

lorsque l’ambulance arriva 2 minutes plus tard 3 corps sans vie étaient étendus par terre

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Dimanche 13 janvier 2008
publié dans : Le Livre de l'Obscur
pur génie parmi les génies il n’avait conçu sa machine à explorer le Temps que pour son propre usage…
il avait bien compris qu’1 telle invention serait systématiquement utilisée à de mauvaises fins dans cette civilisation n’ayant que le profit comme objectif… société qu’il voulait fuir… il n’en pouvait plus de ce monde sursaturé d’informations désespérantes… les injustices criantes… les inégalités entretenues par les castes dominantes… les guerres toujours… les guerres partout… sans arrêt… les atrocités permanentes qui provoquent à peine l’émoi de quelques uns… la planète ravagée par les pollutions diverses générés par l’activité humaine… des humains se croyant propriétaires de tout ce sur quoi tombe leur regard… faune… flore… eau… air… & qui épuisent en 200 ans ce que la Terre a mis des milliards d’années à produire… sans possibilité de renouvellement… les terres s’épuisent… les océans s’épuisent… la Terre s’épuise…
il ne voyait pas de solution… bientôt 7 milliards de terriens… comment les convaincre tous ?...
alors cette machine serait sa solution exclusive… son moyen de fuite… quand il aurait trouvé 1 époque où la vie lui paraîtrait plus douce il s’y installerait & détruirait cette machine pour éviter toute exploitation mercantile…
dans sa quête il fit de nombreux aller & retour… chaque fois il constatait la même chose… violences… injustices… égoïsmes… oppression… misère sans fond ici & luxe inouï là… belles paroles détournées… utopies dévoyées…
au bout de 8 mois il n’en pouvait plus…
1 nuit de désespoir profond il détruisit toutes ses notes… mit en miettes sa machine… il ne fallait pas qu’on puisse la reconstituer… il ne fallait même pas qu’on puisse se douter qu’elle avait 1 jour existé…
 
il vit encore… si l’on peut dire… oublié dans 1 chambre d’1 hôpital parisien… recroquevillé dans la position fœtale… seules quelques infirmières s’occupent encore de lui… toilette… nourriture par perfusion… encéphalogramme plat
 
il a enfin trouvé son refuge
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Vendredi 14 décembre 2007
publié dans : Le Livre de l'Obscur
derrière le rideau le vieil homme entendit des voix… surpris il releva la tête... avec flegme il se mit debout... intrigué
par la fenêtre il voyait la neige tomber en 1 valse triste & glacée
qui par ce temps s'aventurerait dans ce coin perdu ?
1 violon pleurait… surgi de nulle part
il marcha d'1 pas lourd jusqu'à la cuisine… cette anomalie le tourmentait… il ouvrit la porte en grand & appela... seul le vent lui répondit en s'engouffrant dans la pièce chaude... quelques flocons de neige voletèrent à l'intérieur & fondirent immédiatement sur le sol
il referma la porte… silencieux & engourdi
à nouveau plongé dans la chaleur paisible il frissonna malgré tout
le froid était entré
soudainement très las le dos voûté il retourna à son bureau
il ne serait plus en repos
il perçut de nouveau les voix qui semblaient provenir du dehors
les bûches crépitaient… l'odeur du bois emplissait la pièce
des voix aux inflexions les plus diverses… celles d'une foule en pleine activité… des gens riant & s'interpellant… résonances fantastiques d'1 invraisemblable fête foraine… échos angoissants d'une impossible réalité
il resta debout… pétrifié au centre d'un monde qu'il n'habitait plus… subitement en rupture de monde
nul meuble nul objet ne s'attacha plus à sa reconnaissance
l'étrangeté du fait lui jaillit à la face... il frémit comme sous le coup d'une décharge électrique... ces voix... CES VOIX ! par moment il croyait en tenir 1… la reconnaître… mais dès qu'il tentait de la suivre elle lui échappait… replongeant dans le flot… & 1 autre prenait la place
égaré… trébuchant… il alla prendre 1 veste & sortit… l'esprit en déroute
la porte claqua derrière lui
il ne s'en aperçut pas
1 fois de plain-pied dans la tempête de neige… le corps ballotté il eut froid… mais il commença à s'éloigner de la maison... il fuyait… croyant entendre les voix l'apostropher & rire de plus belle… rire de lui... elles étaient derrière… elles étaient devant… qui l'entraînaient… le poussaient… insaisissables
pris dans la tourmente il se rendit compte qu'il n'entendait plus les voix… & leur absence était comme une réponse inquiète à la question qu'il n'avait pas conscience de se poser
le monde était sens dessus dessous… uniformément gris dans cette nuit qui n'en était pas une… sans aucune direction… des murs... tout autour de lui... l'air congelé… presque palpable... il s'imagina qu'il errait dans le petit globe qu'Anna avait 1 jour acheté… qui représentait 1 tranquille paysage alpestre… lorsqu'on l'agitait de la neige semblait surgir & recouvrir doucement le petit décor... désormais c'était l'enfer
pris au piège dans le jouet… incapable de s'orienter… c'était lui maintenant qui appelait… mais personne n'était là pour l'entendre & le secourir
titubant & s'enfonçant dans la neige… chaque pas devenant plus pénible que le précédent… avec le poids infernal du monde sur ses épaules il avançait, dans 1 espace minéral... enfoncer 1 jambe jusqu'à mi-cuisse… sortir l'autre en 1 temps interminablement long comme si jamais il ne devait y parvenir… & la replonger devant… ressortir la 1ère & recommencer
dans ce silence terrible qui s'était abattu sur le monde la neige chantait en descendant paresseusement du ciel invisible
PERDU explosa dans sa conscience & crépita comme une rafale de mitraillette
foudroyante & irrésistible… c'était la chute
comme c'est étrange... murmura le jeune homme
que dis-tu ? demanda Anna somnolente
comme c'est étrange... pensa l'homme jeune
la femme qui dormait près de lui s'agita dans son sommeil
comme c'est étrange... réfléchit l'homme
seuls les bruits curieusement assourdis de la rue semblèrent se joindre à lui
comme c'est étrange... réalisa l'homme encore
cette fois, rien ne répondit
il était SEUL
le bruit des rafales de vent n'était que bruit de rafales de vent
les tourbillons de neige n'étaient que projections de tourbillons de neige
il n'y avait plus rien
le Temps ne passait plus… il se mouvait dans 1 vide obscur
comme c'est étrange... se dit le cosmonaute flottant dans l'éther… mais si la radio transmit le message à la Terre il n'y avait plus personne pour une quelconque réponse
comme c'est étrange... se dit le supplicié sur la croix… il geignit… perdu dans son inconscience… mais la foule n'entendit pas
comme c'est étrange... se dit le libérateur devant le tyran gisant sur le sol… l’1 comme l’autre aussi froids que le sol
comme c'est étrange... se dit Hamlet en détachant chaque syllabe… brisé par 1 morne désespoir vaguement étonné
comme c'est étrange... se dit Spartacus dressé au milieu de l'arène… déplaçant ses pieds… tournant lentement & dévisageant toute l'assistance clamant & gesticulant derrière le voile
ahaaa... apprécia sourdement Dedalus... Orphée lui se taisait
quel goût étrange... dit Socrate les yeux fermés en reposant la coupe vide
comme c'est étrange... murmura 1 dernière fois l'Homme avant que la lune indigo ne bascule dans le TEMPS immobile
tout à coup les lettres du mot
R                F              G
                        E         U                    E
s'assemblèrent & se mirent à briller… à danser devant ses yeux rougis... il tendit les bras en avant... il voulut hurler… 1 grondement inarticulé fut tout ce qu'il réussit à produire... pleurant de rage il se débattait spasmodiquement dans la neige qui s'amoncelait autour de lui... le froid lui brûlait les entrailles… lui rongeait le ventre
il ne pensait plus… 1 seule idée émergeait de l'esprit à l'abandon : échapper ! échapper ! ÉCHAPPER…
& les lettres brillaient plus fort… dansaient de plus belle… faisant miroiter son salut & le jouant peut-être à pile ou face… en 1 attitude dérisoire il tendait le cou pour être plus près plus vite
1 silhouette lumineuse se tenait à l'entrée… accueillante
ANNA !
le nom fulgura & son esprit se désagrégea
elle ouvrait ses bras… l'invitant muettement à entrer là où il faisait chaud… là où elle serait
se battant contre la neige avec des gestes désordonnés des 2 bras il gagnait centimètre après centimètre… aveugle grelottant
le rideau de neige masqua la vision qui disparut à son regard halluciné… il chut en tournoyant dans l'air devenu masse molle de cristal opaque
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Lundi 19 novembre 2007
publié dans : Le Livre de l'Obscur

VOUS ÊTES MORT DOCTEUR…

c’était 1 dimanche de garde pour moi… nous sommes 4 médecins généralistes dans la petite ville où je réside depuis 10 ans & nous nous sommes organisés… 1 dimanche sur 4… ces journées 1 peu vides ne me déplaisent pas… je suis 1 vieux célibataire endurci & ne n’ai pas de quoi m’ennuyer… mon cabinet est au rez-de-chaussée de la petite maison de ville que j’habite sur la place principale…
ici les gens sont de robuste constitution & ils ont la courtoisie de ne jamais tomber malade le dimanche… à part de rares accidents comme cette fois où madame X… s’est cassé le gros orteil gauche en laissant tomber (malgré elle affirma-t-elle alors…) 1 vase gros & très moche hérité de sa belle-mère…
en règle générale quand j’entends les fidèles quitter la messe (l’église est à 20 mètres en face de chez moi) je mets 1 cravate & 1 blazer & me rends Au Gigot À l’Ail… 1 aimable restaurant où la même table m’est toujours attribuée près de la cheminée au vaste foyer… je suis assez frileux & l’hiver j’aime bien me laisser cuire près de l’âtre… quand il me rejoint de temps à autre pour partager le café & la fine champagne avec moi l’agrégé de philo qui habite 1 belle demeure en pierre à 2 numéros de chez moi me lance toujours sa plaisanterie tiens ! l’âtre & le néant !... je ne m’offusque pas & lui réponds que sa plaisanterie a fait long feu… & nous commentons l’actualité en réchauffant nos verres ballon dans nos mains…
ensuite je remonte dans mon petit salon qui donne sur la rue… je démarre le feu dans la cheminée… je mets 1 c-d des Concertos Brandebourgeois du père Bach & m’installe dans mon vieux fauteuil club… je ne tarde jamais à m’assoupir… c’est bien rare si la sonnette me réveille pour 1 consultation…
mais ce dimanche j’eus à peine le temps de me laisser aller… enfin… c’est toujours l’impression qu’on a quand on s’endort & que l’on est réveillé en sursaut…
incapable de me lever du fauteuil ! incapable de bouger les bras & le torse pour me redresser !... j’entendis en bas les gens entrer… comme ils m’appelaient (sachant par habitude que je devais être là) & que je ne parvenais pas à répondre je les entendis s’inquiéter… des pas dans l’escalier… ils étaient 3 devant moi… le maire & sa fille qui portait son dernier-né contre elle… je voyais bien qu’il avait de la fièvre… ils me regardaient stupéfaits… puis le maire s’approcha jusqu’à me prendre le pouls ! à moi ! son médecin !... il laissa retomber ma main & se tourna vers sa fille en déclarant mais il est mort !... celle-ci eu le réflexe que je jugeai idiot de cacher les yeux de son bébé !... je les regardais en me disant mais que raconte-t-il ? il doit bien voir que je ne suis pas mort !... il décrocha le téléphone & composa le 15… j’avais envie de rouspéter mais je n’étais pas fichu de bouger même les lèvres ! je restai consterné… les yeux ouverts sans ciller…
des tas d’inconnus sont arrivés à grand renfort de sirène & ont investi mon salon… ils m’ont proprement embarqué sur 1 civière en me couvrant d’1 toile & hop ! dans l’ambulance ! direction la morgue à ce que j’ai compris !...
bon sang !... sortez-moi de là !... personne ne m’entends !... je ne sais pas combien de temps a passé ? j’ai froid dans ce tiroir !... je suis si frileux !... sortez-moi de là !...
JE NE SUIS PAS MORT !
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Mercredi 7 novembre 2007
publié dans : Le Livre de l'Obscur
la Ville est nerveuse… l’excitation de la Ville semble gagner mannequins-de-vitrine-a.jpgtout le monde tout le temps… sauf moi… je ne marche pas à l’allure des Autres… je flâne… les mains dans les poches… la pipe à la bouche… murs tagués… feux tricolorisés… automobiles aveugles… des grands des petits des gros des maigres des minces blonds bruns roux… cheveux longs cheveux courts crânes rasés… mèches  collées au gel… piercings qui trouent les peaux… peaux sombres peaux claires… tous me visent sans me voir… je suis dans 1 autre tempo… tampi… je m’arrête devant 1 vitrine le temps de vider ma pipe & de la bourrer à nouveau… 1 mannequin féminin en plastique translucide me fixe… il n’est pas habillé… la vitrine n’est pas terminée… au contraire de beaucoup d’autres il est complet : bras mains jambes pieds tronc tête… tout y est… l’attitude est altière… il me fixe : je sens son regard sur moi… je me déplace 1 peu & le regard me suit… je me reposte face à lui & les yeux accrochent les miens… je regarde attentivement cette femme aux courbes parfaites & au visage si pur… & je me dis que si elle était mannequins-de-vitrine-b2.jpgvivante elle serait extrêmement désirable… si elle était vivante je l’emmènerai sur mon île… nous parcourrions la plage au lever du jour lorsque la mer est étale… nous nous réfugierions devant le feu dans la cheminée pour nous réchauffer… nous regarderions les étoiles dans la douceur du soir quand le vent s’apaise… alors je vois les bras se soulever lentement & se tendre vers moi comme dans 1 imploration… les jambes s’animent… 1 pas est franchi… 1 longue jambe galbée traverse la vitre qui semble se gondoler puis le reste du corps arrive… elle est là… devant moi… je sens la présence hâtive des passants derrière moi… je suis seul à voir ce qui se passe d’extraordinaire… elle croise ses mains sur ma nuque & je sens comme 1 souffle tiède sur mes lèvres… je suis incapable de bouger… 1 corps élastique se presse contre le mien… un coeur qui bat... des lèvres contre mon oreille... emmène-moi… ce murmure à mannequins-de-vitrine-f.jpgmon oreille me réveille de mon engourdissement… je recule d’1 pas en bousculant 1 homme qui ne se détourne même pas & poursuit à pas pressés sa route vers je ne sais quoi… dans la vitrine le mannequin est toujours là… dans la même pose… je le regarde attentivement… est-ce parce que le soleil qui cogne maintenant sur la glace m’éblouit ?... je crois voir 1 larme perler au coin d’1 œil
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Samedi 4 août 2007
publié dans : Le Livre de l'Obscur
28 avril
j’aime bien me balader en forêt… & il faut que je marche… m’a recommandé le médecin… trouve que je me rabougri… comprends pas… j’ai à peine 42 ans… bien sûr je n’ai jamais été très grand… & puis assis toute la journée sur 1 chaise au boulot… je me tasse… normal… toute la journée penché devant le micro & la paperasse… bien sûr… je me tasse… normal… faut que j’ai 1 peu d’activité… piscine & marche… c’est ça… me redresser… retrouver 1 peu de tonus…
3 juin
je ne comprends pas… hier je suis allé faire 1 tour en forêt… comme d’habitude… tous les jours… en rentrant du boulot… d’la veine d’habiter près d’1 bois… commence à flotter dans mes vêtements… pourtant j’ai de l’appétit… ça creuse la marche… vrai que je mange moins de viande ces temps-ci… en ce moment je préfère les légumes… les champignons… j’en n’ai jamais mangé autant qu’en ce moment… c’est nouveau… bah… on change… y’en a qui ont des crises de croissance moi c’est plutôt 1 crise de décroissance… je vais bientôt pouvoir emprunter des fringues à mon fils… 13 ans… je vais avoir l’air jeune…
8 août
n’y comprends rien… le médecin avoue que je suis 1 vraie énigme médicale… j’ai perdu plus de 10 cm… heureusement que je suis en congé… ma femme & mon fils sont tout de même partis… chez ses parents… dans leur maison en Gironde… trop de soleil pour moi… je suis resté… préfère l’ombre des bois… je me sens bien pourtant… surtout en forêt… j’adore la mousse sur les troncs… & ces vieux arbres creux… j’aimerais me cacher dedans… mon visage aussi change… mes traits se sont creusés & mes oreilles ont grandi… ça ne me gêne pas… on est comme on est…
3 octobre
maintenant que c’est l’automne je me sens beaucoup mieux si c’est possible… pourtant je suis en arrêt-maladie… j’ai encore perdu 10 cm… ma femme & moi faisons chambre à part… je lui fait peur… mon fils m’évite… je ne sors qu’à la tombée de la nuit… je file dans les bois… c’est là que je suis bien… la nuit dernière j’ai cru entendre des voix… mais je n’ai vu personne… à propos de voix la mienne a changé… on dirait 1 voix d’enfant… comme si je n’avais pas mué voilà 30 ans !... faut dire je suis plus petit qu’il y a 30 ans… quel plaisir de se balader !... l’odeur des feuilles qui commencent à pourrir… les champignons… l’odeur de l’humus… je me sens bien là-bas… & je n’y suis pas hors norme…
10 octobre
chaque nuit j’entends les voix… on dirait qu’elles me suivent… ou plutôt qu’elles m’accompagnent… elles ne sont pas désagréables… haut perchées… très jolies… mais je ne reconnais pas la langue… pas du français… d’ailleurs ma femme elle-même dit qu’elle me comprends de moins en moins… alors je ne lui parle plus beaucoup…
12 octobre
même les vêtements de mon fils sont trop grands maintenant… à la cave j’ai retrouvé dans le coffre à jouets sa vieille panoplie de Robin des Bois… collant tunique courte petit chapeau avec 1 plume… je l’ai enfilée elle me va très bien ! enfin je trouve… du coup ce soir je vais sortir comme ça en forêt… d’ailleurs je crois que je ne reviendrai pas
je vais rejoindre les miens
ils m’appellent
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Dimanche 22 juillet 2007
publié dans : Le Livre de l'Obscur
légendes légendes !... que savez-vous des légendes ?... des récits fabuleux ?... qu’on se raconte à la veillée ?... vous ne savez RIEN !... vous ne croyez pas à tout ça… ça n’est que distraction… maléfices… morts qui reviennent… châteaux en marche vers des ennemis d’1 époque oubliée… animaux qui parlent… montagnes qui dissimulent des dieux anciens… alors vous vous dites qu’il y a bien des éléments de vérité… mais que l’esprit populaire a amplifiés… déformés… vous vous rassurez…
& pourtant…
je sais que dans vos cauchemars vous retrouvez vos peurs d’enfants… que le moindre craquement dans la maison peut vous maintenir tremblant sous vos draps… que vous épiez dans le noir le moindre mouvement qui indiquerait 1 créature nocturne… je sais qu’à certaines heures de la nuit profonde vous n’osez vous lever pour aller boire 1 verre d’eau ou même pour allumer la lampe de chevet… vous vous ratatinez d’angoisse quand les loups hurlent à la pleine lune… vous devenez pitoyable flaque de peur quand souffle la tempête… votre esprit bat la campagne quand tombe la foudre… vous ne pouvez éviter d’entendre des pas dans l’escalier… & vous êtes sans force…
je sais tout ça…
les créatures chimériques qui hantent vos songes… le vertige de vos chutes sans fin… la Mort qui rôde…
je sais…
car je suis le maitre de vos cauchemars… l’initiateur de vos légendes… le géniteur de vos sorcières… vous ne pouvez fuir… vous restez sans défense… il n’existe pas de défense…
tout est vrai
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Vendredi 15 juin 2007
publié dans : Le Livre de l'Obscur
le même cauchemar depuis l’enfance… régulièrement… au moins 1 fois par mois… je suis abonné à ce cauchemar… & il me terrifie toujours autant… pourtant aujourd’hui que je suis 1 homme mûr je devrais le maîtriser…
mais non
& toujours cette voix en moi… qui me dit de me préparer… mais je ne sais pas à quoi ? je ne sais pas ce qu’on attend de moi ?
j’ai peur de m’endormir… depuis des années j’essaie de me noyer dans les activités les plus diverses & les plus nombreuses… je m’y plonge en espérant y être tant absorbé que je puisse en oublier le sommeil…
mais le sommeil me rattrape… toujours…
je l’ai toujours caché à tout le monde… à mes parents quand j’étais môme… à mon ex-femme… ce qui a sans doute causé en partie mon divorce car elle ne supportait plus mon comportement étrange… mon rythme de vie infernal…
je sais bien que ce sont les dernières lignes que j’écris… & que probablement personne ne les lira…
je déteste les rêves… je déteste les cauchemars… l’impression de vivre réellement les événements qui s’y déroulent…
je sais bien que tout le monde dit ça… le psychanalyste que je suis allé voir au début de mon mariage a tenté de faire remonter les origines de ce cauchemar… l’hypothèse était que ça pouvait remonter à ma « vie » intra-utérine… des réminiscences de ces 9 mois dans le liquide salé… mais j’en ai eu assez… je crois qu’il y a autre chose…
dans mon cauchemar les océans enflent & recouvrent toutes les terres… & moi je suis spectateur… j’entends quelqu’un me dire prépares-toi ! & je VOIS les eaux monter & se précipiter pour tout détruire… ravager… emporter… puis finalement quand tout s’apaise il ne reste plus que l’eau… l’eau partout… l’eau sur toute la planète… & quelques sommets seulement émergent de cet unique océan… & je suis toujours là…
c’est inexplicable : je devrais fuir la mer… les côtes… & pourtant je me suis installé en bord de plage… & je reste des heures parfois à fixer l’océan… je connais par cœur les horaires des marées… & tout est normal… & je me dis que je suis fou…
cette nuit encore… ce cauchemar… & en me réveillant en sueur j’entendais gronder l’océan… je suis allé à la fenêtre de la chambre… la Lune semblait plus grosse qu’à l’ordinaire…
j’ai ouvert la fenêtre pour mieux voir… & le bruit de l’océan m’a assourdi… je distinguais mal… ciel… eau… ciel.. eau… je ne voyais plus la frontière…
je suis sorti…
& j’ai compris… il n’y avait plus de ciel…
la mer était montée si haut… elle était si proche… qu’elle masquait le ciel…
& j’ai compris… que j’allais être délivré de mon cauchemar…
enfin
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Jeudi 5 avril 2007
publié dans : Le Livre de l'Obscur

« longtemps je me suis levé de bonne heure… »

 

il adorait cette phrase qui balançait bien, il la continua… tant & si bien qu’au bout de 8 mois, il achevait son 1er roman

 

il se sentait si bien, si inspiré, qu’aussitôt il entama le suivant : « majestueux & dodu, Buck Mulligan parut en haut des marches… »

 

il ne voyait plus le temps passer… il restait devant son traitement de texte à aligner les mots, les phrases…

 

« sur le milieu du chemin de la vie, je me trouvai dans une forêt sombre… », ainsi commença le 3e roman…

 

dès qu’il l’eût terminé, il se lança dans le 4: « deux chaînes de montagnes traversent la république du nord au sud… »

 

 

 

& plus il avançait dans son écriture solitaire (car il ne publiait rien, il n’avait pas le temps), plus les livres disparaissaient des rayons des bibliothèques, des librairies… les références s’effaçaient des archives, les anthologies des grands textes se vidaient…

 

mais ça, il l’ignorait…

 

aurait-il l’éternité à sa disposition, que plus aucun livre n’existerait, n’aurait jamais existé…

 

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Dimanche 17 décembre 2006
publié dans : Le Livre de l'Obscur

la 1ère fois que je vis 1 fusée, j’étais avec Papa… elle fila tellement vite devant nos yeux que je ne réalisai pas ce que c’était… 1 grande ombre fugace, 1 léger bruit de glissement & plus rien : elle était déjà si loin !…

Papa m’expliqua ce que c’était… j’étais positivement émerveillé… 1 telle masse à 1 telle vitesse, & tout ça sans 1 bruit… quel  progrès les hommes ne sont-ils pas capables de réaliser s’ils veulent consacrer leurs efforts au bien-être ?

enfin sans 1 bruit…

1 série de déflagrations survint… 1 véritable rafale… dans des modulations variables…

- est-ce le mur du son, Papa ? je sais qu’il y a toujours 1 décalage, compte tenu de la vitesse, non ?

- non, ma petite bactérie chérie, répondit Papa, c’est comme ça chaque fois… mais celui-ci, ça va : il était à l’eucalyptus

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Vendredi 6 octobre 2006
publié dans : Le Livre de l'Obscur

GOLEM…

 j’étais créature fuyante dans les rues sombres du ghetto de Prague…

 j’étais à ma table de travail, la plume à la main…

 j’étais créature trébuchante sous les lumières glauques des pauvres réverbères…

j’étais la pipe à la bouche, l’esprit vide, le regard en direction de la fenêtre sans rideau…

 j’étais un échappé… échappé de la cave où mon créateur m’avait séquestré…

 j’étais un poète pauvre & affamé ne trouvant plus l’inspiration à la lumière d’une pauvre bougie…

 j’avais fui le recoin de terre battue où j’étais enchainé…

 j’avais trouvé refuge dans une chambre triste & glaciale derrière l’Altneuschule, notre vieille synagogue, chez une logeuse émue par ma maigreur & mon teint pâle…

 créé de l’argile, je mangeais de la terre…

 la peau sur les os, je mangeais à peine un jour sur deux dans cette année 15… où tous les juifs, persécutés par l’empereur Rodolphe mourraient de faim…

 rabbi LÖW m’a donné vie en traçant EMeTH de son doigt sur mon front… EMeTH… VÉRITÉ…

 j’ai vu la créature dans la nuit… elle a levé ses yeux sans paupières, ses yeux brillants vers moi…

 nos regards se sont croisés…

 nos essences se sont mélangées…

 je suis devenu lui…

 il est devenu moi…

 je suis tombé… je me suis relevé… j’ai voulu essuyer mon front…

 il s’est dissout… redevenu terre informe…

 MeTH…

 MORT…

 & maintenant je vis

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Mercredi 4 octobre 2006
publié dans : Le Livre de l'Obscur

je venais de dire bonsoir à mes étudiants… il était vingt & une heures… cette douzaine de jeunes gens & jeunes filles s’était inscrite à mon cours car ils travaillaient pour payer leurs études… je les soupçonnais même de m’avoir choisi plus pour mon horaire que pour ma matière… j’enseigne l’archéologie…

 

 

quant à moi, célibataire sans enfant, dormant peu, ne sortant pas le soir, ça ne me dérangeait pas de donner des cours à cette heure… & j’essayais honnêtement d’éveiller chez eux quelque intérêt pour la civilisation pré-babylonienne & le mythe parlant de créatures homme-loup gigantesques sur des tablettes récemment découvertes en Irak : depuis que la paix est revenue après le départ des uhéssiens les fouilles ont pu reprendre… ce sous-sol ne contient heureusement pas que du pétrole… il recèle des merveilles qui sont à l’origine de notre civilisation occidentale…

 

 

en sortant de la faculté, une tour des années 70, verre & béton… vraiment ringarde…

 

 

je faillis déraper sur le trottoir gras & mouillé… luisant sous la pâle Lune pleine…

 

 

j’entendis une voiture s’arrêter à côté de moi & des rires à l’intérieur…

 

 

Professeur ! montez ! on va vous déposer quelque part !

 

 

chacun savait que je ne conduisais pas, & que j’allais à pied à la station de métro à cinq cents mètres…

 

 

peut-être parce que je venais de me casser à moitié la figure, je dérogeai à ma règle de ne pas frayer avec mes étudiants, & montai à l’arrière, tassé contre la portière pour ne pas sentir mon bras contre une généreuse poitrine qui semblait se laisser volontairement frôler…

 

 

- Soyez gentils de me laisser au métro »

 

 

- Attendez, Professeur, on va prendre un pot vers Saint-Michel, venez avec nous !…

 

 

- Merci, non, je ne bois pas… & j’ai du travail qui m’attend… des copies à corriger…

 

 

- Allez, Professeur… détendez-vous…

 

 

la plantureuse fille brune qui semblait se coller à moi  me regardait de ses yeux verts très étirés qui brillaient dans l’obscurité… ce regard était hypnotique… il m’envoûta… & je ne suis pas sûr de parler au sens figuré…

 

 

en fait je ne sais si elle a dit « détendez-vous » ou bien « étendez-vous »… parce qu’à partir de ce moment jusqu’au lendemain matin, je ne suis pas très sûr de ce que j’ai vu & de ce que j’ai fait…

 

 

je me souviens de chants… de danses… mais ça doit être un mauvais rêve… ou un cauchemar… je revois des scènes où nous étions comme des loups, nus, hurlant & nous jetant la bouche écumante sur des victimes terrorisées… je revois des scènes de luxure éprouvante où la jeune fille au regard étrange m’embrassait à pleine bouche & me chevauchait extatiquement en hurlant à la Lune…

 

 

je me souviens encore… des journaux relatant les deux cadavres déchiquetés, la gorge ouverte, retrouvés sur le Quai des Grands Augustins… la police étonnée attendait les conclusions de vétérinaires spécialistes de la faune sauvage…

 

 

je me souviens m’être réveillé chez moi, allongé sur le sol, sale & débraillé…

 

 

& surtout je me souviens du goût du sang humain… & je sais que j’ai aimé ça…

 

 

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Dimanche 1 octobre 2006
publié dans : Le Livre de l'Obscur

tout le monde semblait encore dormir à la maison… après avoir siroté plusieurs tasses de café en écoutant les infos à la radio, j’avais décidé d’aller me balader…

en sortant de la maison, je pénétrai sans transition dans le petit bois… les odeurs mouillées des arbres séchant au soleil du petit matin, des aiguilles de pi