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"En fait, je trouve que d'une manière globale, et tout bien considéré, l'univers est trop sérieux."
Dick Shaver

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Mercredi 27 septembre 2006
publié dans : Feuilleton GASPARD

DERNIER ÉPISODE DES AVENTURES DE GASPARD...

Subséquemment, ce fut au mois de juin que Vincent décida de monter de ses mains un barbecue en dur dans son jardin, à l’abri du vent, à l’arrière de sa maison… il fit ça très bien.

 

D’abord il creusa un trou de deux mètres de profondeur environ, sur un mètre de côté… toute la terre extraite lui servirait à créer un massif de fleurs et d’arbustes qui serait du meilleur effet…  

 

 

Cette excavation lui permit de déposer nuitamment un homme replié sur lui-même & qui ne protesta pas vu qu’il était mort… sa tête pendait bizarrement sur son épaule gauche, le cou ayant été tranché presque entièrement d’un coup de hache… c’est ce détail qui permettait d’enlever tout doute sur son décès…

 

Ensuite Vincent emplit le trou de gros graviers jusqu’à faire disparaître le corps, puis un vieux grillage et dix centimètres de ciment… la bétonneuse électrique s’arrêta de tourner… fallait que ça sèche…

 

Trois jours plus tard, Vincent remit en marche la bétonneuse, appliqua un gros treillis métallique sur des cales & entreprit de couler une dalle entre des planches formant un coffrage presque carré… pour un bon barbecue, il faut de bonnes fondations…  

 

 

Pour fêter son nouveau barbecue monté en pierres de pays & en belles briques réfractaires, avec une hotte pour ne pas disperser la fumée, il choisit un dimanche annoncé sans pluie par la météorologie nationale, pour inviter quelques voisins à déguster la saucisse fraîche fabriquée par le boucher-charcutier du village…  

 

Grillée sur de bonnes braises, la saucisse fut excellente accompagnée en abondance d’un rouge léger …  

 

Karine ne rentra de voyage que le lendemain… quand elle claqua la portière du taxi & poussa le portail avec valise, vanity case & porte-documents au bout des bras, elle remarqua son mari penché sur le nouveau talus, en train de planter fleurs et arbustes.  

 

Elle ne savait pas que son amant reposait sous un monument funéraire des plus originaux et des plus appropriés puisque, sur un homme qui avait tant abusé du sexe, on pourrait désormais retourner les boudins et les saucisses aussi longtemps qu’il resterait dessous…  

 

En rigolant, les policiers mirent peu de temps à retrouver le criminel.

Il avait un surnom, bien sûr il l’ignorait…

 

 

 

C’était Karine qui lui avait trouvé, & en riait avec ses amants successifs, et même parfois au bureau avec quelques collègues choisies : elle l’avait tellement fait cocu qu’elle l’avait surnommé Corne d’Abondance…  

Ainsi fut résolue l’énigme de Gaspard Oseur.

 

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Mardi 26 septembre 2006
publié dans : Feuilleton GASPARD

TOUS LES JOURS : 1 ÉPISODE DES AVENTURES DE GASPARD...

Les heures que Karine passa à plusieurs reprises dans le lit de Gaspard la comblèrent… trop. Il arriva qu’elle rentra en retard au domicile conjugal, ce qui n’était pas dans ses habitudes.  

 

Ainsi alerté, Vincent se mit à la surveiller.  

 

C’était vers la fin du mois d’avril.  

 

Elle ne se coupait pas trop dans ses dires, elle ne possédait rien dans son sac à main qui puisse la trahir, elle ne se refusait pas aux assauts maritaux. C’était en pure perte que Vincent se levait la nuit pour fouiller le sac de sa femme, examiner la mémoire du téléphone mobile, le carnet d’adresses, etc.

 

Il se résolut donc à la suivre en cachette.   

 

 

Au bout d’une semaine il découvrit l’adresse et la personne de Gaspard.

Il échafauda donc un plan. En tout illogisme, il ne comptait pas « faire payer » son épouse en lui révélant qu’il savait tout, en la quittant, en la boudant, ou toute autre attitude de défiance ou de séparation. Il n’envisagea pas plus de changer ses manières pour regagner le désir de sa femme. Il ne voyait que le complice : Gaspard. Gaspard qui était tout le contraire d’un séducteur & d’un briseur de ménage. 

 

Vincent cessa donc de suivre sa femme pour se mettre à suivre Gaspard.

L’occasion lui parut favorable lorsqu’une semaine, Karine partit en voyage pour son employeur. Un soir que Gaspard sortait d’un restaurant en compagnie d’amis, après qu’il se fut séparé d’eux pour rentrer chez lui à pieds non loin de là, Vincent jaillit de son gros break, assomma Gaspard avec une grosse planche qu’il tint dans ses mains gantées, & le tassa dans le large coffre sur une bâche en PVC pour ne laisser aucune trace. Ayant choisi une rue très peu éclairée, sans sortir de la voiture grâce à la banquette rabattable, il bâillonna & attacha solidement Gaspard encore estourbi. 

 Il fit cent kilomètres pour rejoindre la rive bordée de grands arbres d’un canal en pleine campagne. Toujours ganté, il dégagea Gaspard du coffre sans se préoccuper des chocs divers & l’étendit sur la bâche.

Réveillé, Gaspard affolé n’osait pas un geste. Il subit un tombereau d’insultes de la part de Vincent, & quelques coups de pied aussi…

Suivant toujours son plan, Vincent sortit une vieille hache & trancha net le cou de Gaspard. En se grattant l’anus, il laissa le cadavre se vider de son sang sur la bâche puis la rinça dans le canal. Ceci fait, la bâche fut pliée & placée dans un sac poubelle qui fut noué, & feu Gaspard proprement emballé dans deux grands sacs à gravats.

 

 

 

 

 

En traversant un village endormi, Vincent déposa le sac contenant la bâche dans une des poubelles sortie pour le passage des éboueurs.  

 

Arrivé chez lui, il rentra la voiture au garage, nettoya la hache assassine dans l’évier de son atelier au fond du garage, & la jeta dans le feu de cheminée qu’il avait démarré en fin d’après-midi, la journée ayant été fraîche, d’autres habitants du quartier avait aussi fait du feu. Selon l’expression consacrée, on ne pouvait y voir que du feu… La lame noircie finirait à la déchetterie parmi d’autres morceaux de ferraille : ni vue ni connue.

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Lundi 25 septembre 2006
publié dans : Feuilleton GASPARD

TOUS LES JOURS : 1 ÉPISODE DES AVENTURES DE GASPARD...

Manon eut le blues pendant quelques jours. Elle abusa avec ses copines de quelques cocktails trop fruités pour sentir l’alcool, & une fois la gueule de bois passée, son esprit se remit d’aplomb, & Gaspard devint un bon souvenir de vacances. L’année suivante, elle avait oublié son prénom. 

 

Finalement, hormis une sexualité énergique mais discrète, la vie de Gaspard n’avait aucun intérêt. Elle s’acheva donc aussi sobrement qu’elle s’était déroulée. Gaspard tomba sur un os, & ce ne fut pas le sien. 

 C’est dans la piscine du gymnase qu’il rencontra – plutôt brutalement – Karine. Il crawlait à tours de bras lorsqu’ils se percutèrent, crâne contre crâne. L’un et l’autre se confondirent en excuses, puis, endoloris, incapables de continuer leur natation, ils allèrent se détendre au jacuzzi. En réalité tout avait été calculé par Karine qui s’était ainsi lancée dans une attaque suicide comme un missile vers sa cible.   

Karine avait profité des confidences de vestiaires, mais plutôt que d’aborder Gaspard comme pour une relation d’affaires, son tempérament dissimulateur l’avait conduite à imaginer une « rencontre fortuite ».  

 

C’était une petite brune aux yeux verts avec un corps provoquant. Bronzée douze mois sur douze grâce aux appareils d’U.V. mis à la disposition des usagers du club, mince, musclée, elle avait une cambrure de reins fantastique & des petites fesses rondes dures comme de la pierre. Elle avait l’habitude dans la salle de sport de voir les hommes bander rien qu’en la regardant, & elle choisissait ses tenues pour cela, tout en prenant soin de ne jamais croiser leurs regards, feignant de se concentrer uniquement sur ses exercices de musculation, elle leur offrait la vue de son corps luisant dans des exercices qui faisait saillir ses seins, ses fesses, puis elle s’éloignait en écoutant les commentaires à voix basse. Elle n’était pas lascive dans sa conduite, mais elle était terriblement, furieusement érotique : peut-être dégageait-elle une dose surabondante de phéromones autour d’elle ? On aurait cru qu’elle en vaporisait son entourage là où elle passait. Dans son sillage, la période du rut s’ouvrait.  

 Tenant à sa tranquillité, elle veillait à ne jamais choisir ses amants au gymnase. A sa manière, elle aussi aimait la discrétion dans ses aventures sexuelles & une salle de sport n’est pas pour ça le lieu adéquat. Il faut préciser qu’elle était mariée à Vincent depuis huit ans, & qu’elle tenait à ce qu’il ignore tout des frasques de son épouse. 

 Elle fit une exception pour Gaspard, ayant compris qu’avec lui elle n’aurait pas d’ennuis, qu’il ne ferait pas le tour de la salle en se pavanant & en la désignant du menton comme la bonne affaire du gymnase. C’était arrivé à deux ou trois inconscientes, & de mecs contents d’eux-mêmes en bonnes copines envieuses et médisantes, ce genre d’information s’était vite diffusée, donnant même lieu à de croustillantes scènes de jalousie, de dispute, de claques échangées, de propos offensants & offensés au son d’une musique de discothèque peu indiquée pour les explications chuchotées.  

 Ca n’est pas qu’elle n’aimait pas – ou plus – Vincent (son mari), mais elle avait besoin de changement… comme ces types qui soutiennent que « génétiquement l’homme n’est pas fait pour une seule femme » uniquement pour mentir à la leur, car sur le plan scientifique eux comme moi seraient bien incapables de démontrer cela ou son contraire…  

Vincent avait bien une manie qu’elle avait rapidement remarquée : se gratter le trou du cul était pour lui un plaisir presque sexuel tellement c’était fort… quand ça le prenait, il pouvait se fourrer le médius sur le rebord du trou du cul & se gratter des minutes entières de façon extatique… & on peut dire que ça, oui vraiment, ça l’agaçait, ça l’écœurait même.

Ce n’était pas ce qui l’avait séduite chez Vincent, ça, elle n’en avait rien su jusqu’au mariage. Ce n’était pas non plus son physique, assez quelconque, ma foi. Les attraits de Vincent étaient ailleurs : un bon compte en banque, une grosse berline de luxe allemande, l’assurance, en quelque sorte, d’une vie matérielle confortablement assurée. Elle travaillait dans la même entreprise que lui, mais pas dans le même service. Lui était à la tête de la direction financière, elle, secrétaire du D.R.H.   

Vincent lui fit savoir avec assiduité qu’il imaginait plein de choses avec elle, & devint même assez entreprenant. Elle se laissa inviter plusieurs fois au restaurant, accepta quelques chaudes caresses dans la voiture, en accorda quelques unes aussi, mais jamais elle ne donna l’essentiel.

Vincent, chauffé à blanc pendant plusieurs mois finit pas lui proposer le mariage. Elle accepta, mais, même alors : rien avant le mariage. Vincent ne se rendait pas compte qu’elle le menait exactement là où elle souhaitait, par une tactique qui ne date ni d’hier, ni d’avant-hier. Entre-temps, elle fit très attention à limiter ses flirts discrets, pour ne pas perdre l’avantage acquis. 

 C’est ainsi, sans avoir eu de réelle intimité avec Vincent, qu’il lui fallut la vie conjugale pour rapidement prendre connaissance de son onanisme trou-du-cuesque. 

Ca pouvait le prendre dans la voiture, il soulevait alors une fesse et conduisant d’une main, se fouillait le trou de balle avec délectation tout en surveillant la route les yeux mi-clos de contentement. Il ne portait pas de jeans à cause de ça : la toile était trop raide pour y parvenir. C’était parfois dangereux : trop à son bonheur, il arrivait qu’il réagisse bien tardivement à un ralentissement subi, & plus d’une fois il n’échappas que de justesse à l’accident bête.

 Autrement, c’était le soir, dans le canapé en regardant un film. Elle calcula un soir qu’il s’était ainsi labouré le trou du cul à travers son pantalon de pyjama pendant douze minutes, c’en était obscène.

Ou bien dans le lit… & il ne se relevait même pas pour se laver les mains !

Elle l’avait confié à des amies, qui lui avaient fait remarquer que c’était moche, mais moins que d’avoir un mari qui attendait d’être sous la couette pour se mettre à péter, car là : il y avait désagrément durable. Elle leur avait alors demandé comment elles avaient réagi : certaines avouèrent avoir adopté la manie de leur conjoint & cela avait renforcé leur vie de couple que de péter à deux… D’autres avaient réussi à calmer ces ardeurs chez leur conjoint, au prix, il est vrai, de quelques scènes mémorables.

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Dimanche 24 septembre 2006
publié dans : Feuilleton GASPARD

TOUS LES JOURS : 1 ÉPISODE DES AVENTURES DE GASPARD...

S’il se faisait aborder par une jeune femme, par un jeu de questions habilement amenées, il apprenait si elle était liée ou non à quelqu’un qui était dans les parages. Il ne voulait pas d’histoires.

 

C’est ainsi qu’il évitait les jeunes filles. Il craignait qu’elles ne veuillent s’attacher, ne serait-ce que pour la durée de son séjour… trop compliqué.

Ca lui venait d’une expérience qu’il avait vécue sur la côte d’Azur.

Alors qu’il séchait au soleil, assis en tailleur sur son drap de plage après le bain, il avait remarqué qu’une jeune fille d’environ dix-huit ou dix-neuf ans passait devant lui pour la troisième fois au moins, dans les quelques centimètres d’eau en bordure de sable.  

 

 

 

Elle était assez petite, un mètre soixante, peut-être moins. Blonde, une courte queue de cheval, un nez droit, une jolie bouche, des yeux bleus exceptionnels qui passaient au-dessus de lui sans le voir de façon trop systématique, un corps doré, lisse & menu, musclé mais sans excès, probablement une danseuse d’après sa démarche : les pieds légèrement en canard & la pointe des orteils effleurant l’eau avant les talons. Elle portait un short élastique au ras de ses petites fesses rondes, et un soutien-gorge de même teinte sur des seins petits également mais bien dessinés, probablement le modèle de maillot de bain à la mode cette saison, mais il n’était pas très calé sur le sujet. Sans doute le string ne faisait-il plus recette : pour continuer de vendre, les fabricants jouent à renouveler totalement les modèles. La mode est avant tout histoire de business et de marketing.  

 

Eut-il été capable d’éprouver des sentiments, il l’aurait trouvée craquante avec son air sage et son physique gracieux. Peut-être attendait-elle qu’il l’interpelle, alors elle se promenait lentement en souriant dans le vague, pensant se faire admirer à chaque passage, le regard évitant trop soigneusement de croiser celui de Gaspard pour que cela ne soit pas intentionnel.

 

Il est vrai qu’il y avait foule sur la plage, & que d’une manière générale, ça n’était pas les plus jeunes femmes qui étaient les mieux faites. Evidemment, la plupart arboraient fièrement des poitrines hautes et fermes (c’est le privilège passager de l’âge), mais avec leurs hanches adipeuses, leurs fesses molles et leurs cuisses tremblotantes, Gaspard estimait qu’il leur manquait la discipline d’une activité physique pour raffermir ce qui déclinait déjà par la consommation exagérée de nourritures trop grasses, trop sucrées.  

 

 

Finalement, Manon – elle s’appelait ainsi, s’enhardit jusqu’à aller chercher sa serviette pour la poser à côté de celle de Gaspard. A la fois timide & volontaire, les ondes de désir qu’elle envoyait enveloppèrent Gaspard qui tourna la tête vers elle & lui sourit.  

 

Elle avait fêté son bac & ses dix-huit ans deux semaines auparavant, & prenait pour la première fois des vacances sans ses parents. Avec des copines de lycée, elle louait un bungalow dans un camping à dix minutes de la plage.

 

Par son téléphone portable, elle prévint ses copines qu’elles pouvaient rentrer sans elle, & elle suivit Gaspard jusqu’à la chambre d’hôtel.

 

Là s’ensuivit le rituel propre à Gaspard : d’abord la douche en commun & l’excitation grandissante, puis le mélange des corps dans le grand lit.

 

Avec une grâce & un zèle juvénile, elle s’abandonna avec ardeur à la technique de Gaspard. Elle fut insatiable, mais Gaspard était endurant. Quand le soir tomba, ils avaient trop faim pour continuer. Il l’emmena dans un petit restaurant où ils mangèrent en terrasse, dans l’air tiède. Gaspard dérogea ainsi à ses habitudes, mais il estima que cela était sans importance puisqu’il ne connaissait personne dans la ville, & qu’elle n’avait là que ses camarades qui, prévenues, passèrent la soirée sans elle. Ensuite, ils retournèrent au lit, & elle renouvela ses exigences lascives, mêlant maladroitement émotion & plaisir, caprices charnels & emballements du cœur.

 

Elle s’endormit sur le ventre en mêlant ses jambes à celles de Gaspard, lui faisant sentir contre la cuisse la moiteur de son entrecuisse.

 

Il fut difficile à Gaspard de lui refuser le petit déjeuner à deux. Il préféra donc le faire servir dans la chambre, plutôt que de le prendre en commun à une table du restaurant, au vu des clients de l’hôtel.

 

Ca n’avait pas été la première expérience sexuelle de Manon, car celle-ci avait eu lieu quelques mois auparavant pendant le réveillon du jour de l’an. Une fête avait été organisée dans la maison des parents d’une copine, & c’est là que, tout à fait lucide (elle n’avait bu que des jus de fruits) elle s’était abandonnée entre les bars du grand frère de la copine en question. Ils se connaissaient déjà, sans avoir jamais flirté ensemble. Elle le trouvait pas mal physiquement, & la technique du « collé-serré » qu’il maîtrisait parfaitement avait fait son œuvre : émoustillée, elle avait cédé sans qu’il ait eu besoin d’insister. Lui n’en était pas à sa première aventure & tout s’était bien passé. Elle l’avait encouragé à renouveler ses assauts trois fois, avant de dormir un peu et de rentrer chez ses parents.

 

Partant en vacances avec des copines, elle espérait bien trouver dans l’atmosphère ensoleillée de l’été un partenaire avec qui reprendre son éducation érotique, sans négliger les conseils de Maman, de la radio, du gynéco : surtout ne pas oublier les préservatifs !

 

Elle n’avait pas envisagé de tomber amoureuse cet été là, perspicace, elle savait très bien à quoi s’en tenir sur les aventures de plage. Hélas pour elle, Gaspard lui plaisait. Elle le trouvait pas mal du tout physiquement, elle prenait ses silences pour de la timidité élégante, et inconsciemment elle se sentait flattée des étreintes d’un trentenaire expérimenté (elle n’avait pas encore compris que pour beaucoup d’hommes ayant dépassé plus que largement les trente ans & préoccupés de leur âge, elle représentait le phantasme de leur jeunesse enfuie, & que l’hommage qu’ils rendaient ainsi aux jeunes femmes était avant tout destiné à eux-mêmes, se persuadant qu’ils tenaient encore le coup… Au crédit de Gaspard, il faut dire que ça n’était pas son cas : il ne cherchait pas à se prouver quoi que ce soit sur ce plan, à ses yeux tout ça n’était que de la biologie).

 

Elle imaginait visiblement passer avec lui le restant de ses vacances, préparant déjà le programme des jours et des nuits à venir.

 

Allongé à côté d’elle sur le lit en bataille, Gaspard tenta de lui faire comprendre que tout s’arrêtait là, que cette aventure exquise n’aurait pas de suite car il ne se liait jamais, qu’il en était incapable, mais lorsqu’il vit le visage fermé de Manon silencieuse, il réalisa les tourments qu’il engendrait & manqua de courage pour insister. Alors il promit de la revoir dès l’après-midi, & dans l’heure qui suivit, il reprit l’avion pour Paris, écourtant de deux jours la fin de son congé. Il n’était pas de nature méchante. Il savait très bien le mal qu’il faisait à une toute jeune fille, et n’en était pas fier, mais il n’avait pas cherché à le causer et trouva là la justification de sa fuite. A un moment de son monologue, il avait essayé de la convaincre de ne considérer que la part heureuse de leur rencontre, mais visiblement elle était persuadée d’être amoureuse & croyait à la magie de leur brève union, chose impossible pour lui.  

 

 

C’est ainsi qu’il se promit d’éviter désormais les trop jeunes femmes, trop romantiques pour son goût de la tranquillité &du célibat.

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Samedi 23 septembre 2006
publié dans : Feuilleton GASPARD

TOUS LES JOURS : 1 ÉPISODE DES AVENTURES DE GASPARD...

Elle entra dans la cabine de douche entièrement carrelée, & régla les jets sur « massage », avec une température à 35° centigrades. Au bout de quatre minutes, elle descendit la température à 28°. Lorsqu’elle sentit son corps se raffermir, elle quitta la douche & s’essuya longuement et minutieusement avec un grand drap de bain. La VMC avait fait disparaître la vapeur.  

 

Lorsque Gaspard sonna à la porte d’entrée à l’heure précise fixée, elle était prête à l’accueillir, habillée d’un jean et d’un corsage léger mais à peine transparent.  

 

Il dit bonjour avec un sourire poli, et elle referma derrière lui. Pas de baiser.

D’ailleurs que signifierait un baiser à ce moment ? Un rapide sur les lèvres comme celui d’un couple qui y pense à peine ? Un long et langoureux comme celui d’un couple amoureux ? Un ou deux claquant  sur chaque joue comme des copains de lycée ?  

 

 

Aucun ne correspondait, & il ne leur vint pas à l’idée de s’embrasser.  

 

Il accepta un verre d’eau fraîche & elle en bu un aussi. Puis ils passèrent dans la chambre où il se déshabilla avant de prendre une douche rapide, seul.  

 

Allongée, elle l’attendait nue sous un drap quand il reparut.  

 

Elle rabattit le drap pour qu’il la rejoigne.  

 

Deux heures plus tard, après moult ébats, ils reprirent chacun une douche, lui d’abord, elle ensuite, qui se sentait dans une forme splendide après tant d’exercice. Elle éprouvait une sensation de légèreté physique et morale qui la faisait sourire seule sous les jets d’eau.  

 

Gaspard ressortit, l’âme en repos.  Il avait rendez-vous pour dîner avec de vieux amis. 

Il ne se rendait jamais accompagné chez des amis, idem lorsqu’il avait rendez-vous avec certains au-dehors. Avec le temps, la plupart de ses amis s’étaient mariés ou mis en concubinage. En son absence, ils se demandaient ce qui « clochait » chez lui : était-il homosexuel ? Impuissant ? Certains tentèrent même de lui faire fréquenter quelques jeunes femmes ; cela n’aboutit à rien car il ne tenait pas à ce que des échos de son mode de vie reviennent aux oreilles de ses connaissances.  

 

 

D’aucuns pourraient penser que Gaspard devait bien s’ennuyer : ce serait inexact. Dire qu’il avait une vie intérieure riche serait exagéré, mais il ne s’ennuyait pas avec lui-même. Il lisait beaucoup, allait au cinéma au moins une fois par semaine, les sorties au restaurant avec des amis & le sport terminaient de bien remplir ses semaines après des journées de travail assez denses. Sans boire beaucoup, il savait, en compagnie, apprécier une bonne bière ou un bon vin. Ses préférences allaient aux bières belges, à des vins rouges légers l’été, et plus charpentés l’hiver.  

 

Lorsque Gaspard prenait des vacances –à la mer ou à la montagne- ça n’était jamais pendant plus de deux semaines d’affilée. Il occupait une chambre dans un hôtel confortable, prenait son petit déjeuner dans la salle de restaurant en lisant un journal devant une fenêtre ou une bais vitrée (il choisissait toujours son hôtel en demandant –parmi d’autres informations- s’il pouvait obtenir de prendre son petit déjeuner face au paysage… il avait les moyens de choisir), & ses autres repas dans des restaurants au gré de ses déambulations.

 

Il skiait seul, il nageait seul, il mangeait seul. Parfois ce célibataire attirait des regards féminins, il ne les encourageait pas. Il ne provoquait pas non plus les rencontres. Ne pas se faire remarquer, telle était sa règle de conduite. Lorsqu’il prenait un verre le soir dans une boite de nuit, il restait au bar et commandait un vieux whisky écossais qu’il faisait durer jusqu’à ce qu’on lui recommande de renouveler sa consommation, alors il en prenait un second, jamais plus.

 

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Vendredi 22 septembre 2006
publié dans : Feuilleton GASPARD

TOUS LES JOURS : 1 ÉPISODE DES AVENTURES DE GASPARD...

Gaspard n’était ni Don Juan, ni Casanova. Il n’était pas un libertin. Il n’y avait défi ni à Dieu ni aux hommes. Il ne s’agissait pas d’une quête, pas plus que d’un record en cours. Les relations qu’il fréquentait ignoraient cet aspect de sa vie. Il ne se vantait pas. C’était un choix de vie : il avait simplement décidé que pour en rester maître, il fallait garder les idées claires, or rien ne perturbe plus l’intellect que les sentiments trop forts. La conclusion était donc évidente : satisfaire son grand appétit sexuel pour éviter de ne penser qu’à ça (ayant observé que l’homme se sert de sa tête ou de sa queue, mais jamais des deux ensemble, avec une prédilection pour la seconde), & observer avec dédain celles qui auraient eu la tentation de lui parler d’amour. D’ailleurs ça n’était pas arrivé depuis des années. Il percevait rapidement si une femme était sentimentale avec lui, & la fuyait immédiatement, irrémédiablement, irréparablement, définitivement. Son attitude courtoise mais relativement froide avec les femmes ne les encourageait pas aux débordements affectifs.  

 

Il avait bien eu sa crise amoureuse à seize ans, au lycée. Il était en terminale avec un an d’avance, & comme il était timide, jamais il n’avait osé parler à cette jeune fille dans la même classe que lui.

 

Elle s’était laissée séduire par un autre garçon, assez entreprenant celui-là, et Gaspard remâcha son malheur jusqu’à son échec au bac. Du coup, il redoubla sa terminale avec de nouvelles résolutions : jamais plus il ne se laisserait entraîner dans ce tumulte de la passion (souffrir avant, pendant & après), & il aurait son bac.  

 

Jamais il ne dérogea à cette règle. Il eut son bac, & plus puisqu’il sortit brillamment de H.E.C., & jamais ne retomba amoureux.

 

Cela n’avait rien à voir avec une quelconque vengeance envers les femmes : il ne tenait pas à en faire souffrir une (c’est d’ailleurs pour ça qu’il fuyait toute femme lui faisant part de sa solitude), il voulait juste avoir la paix, à sa façon. Ca ne causait de tort à personne. Pas comme ces séducteurs utilisant véritablement les femmes comme des objets, trouvant de la satisfaction à augmenter leur tableau de chasse & à rejeter leurs conquêtes pour mieux s’en vanter dans les bars et les vestiaires sportifs… ni comme ces types toujours éplorés qui rendent la vie impossible à une femme pour laquelle ils brûleraient d’un amour éternel… ou encore ceux qui, jaloux de tout et de tous, étouffent leur compagne au sens figuré, & même parfois au sens propre pour se retrouver dans la rubrique des « faits divers ».   

 

 

Marité s’activait sur son « stepper » d’appartement. Un appareil haut de gamme qui lui faisait gravir des quantités inconsidérées d’étages,  elle qui montait en ascenseur à son appartement au quatrième d’un immeuble en pierres de taille dans un quartier parisien assez coté.

 

La chaîne Hi-Fi diffusait une musique spécifique pour ce genre d’exercice. Tout en expirant et inspirant en mesure, elle surveillait son rythme cardiaque qui s’affichait sur l’écran à cristaux liquides.

 

Sur une culotte en néoprène qui couvrait ses cuisses jusqu’aux genoux, & un tee-shirt, elle était vêtue d’un vieux survêtement épais qui absorbait bien sa transpiration, mais de larges tâches sombres attestaient qu’elle en était certainement déjà à une bonne demi-heure d’effort.

 

Ses longs cheveux étaient réunis en une queue de cheval qui sautait en cadence.  

 

 

Sur la vitre de la baie vitrée les larges gouttes d’une pluie d’orage claquaient violemment. Les plantes en pot alignées sur le balcon se courbaient sous l’attaque, et la terre n’absorbait plus l’eau.

 

Elle n’entendait pas le vacarme, concentrée sur son exercice, sentant son métabolisme s’élever en température, calculant mentalement chaque gramme de graisse et d’eau dépensé, ignorant les gouttes de sueur qui ruisselaient le long de ses muscles. Une flaque s’élargissait sur le revêtement de sol synthétique qui supportait le « stepper ».   

 

 

Elle lâcha son « guidon » pour saisir la bouteille d’eau & dévisser le bouchon. Elle bu au goulot, revissa le bouchon & remit la bouteille sur son support, puis elle s’essuya avec la serviette qui lui couvrait la nuque et les épaules. En jetant un regard sur sa montre, elle vit qu’il lui restait une demie heure avant l’arrivée de Gaspard.

 

Elle stoppa l’appareil & en descendit, puis s’essuya le visage et les bras avec la serviette qu’elle avait nouée autour de son cou. Elle but un peu d’eau, & marcha jusqu’à la salle de bain où elle se déshabilla en jetant directement ses affaires dans le lave-linge qu’elle mit en route.

 

Elle observa son visage moite & ses joues rosies, en songeant qu’elle devait avoir le même aspect quand elle faisait l’amour.

 

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Jeudi 21 septembre 2006
publié dans : Feuilleton GASPARD

TOUS LES JOURS : 1 ÉPISODE DES AVENTURES DE GASPARD...

La sensibilité de Christelle lui avait fait comprendre quel type d’homme était Gaspard : un homme précis, pragmatique. Son plan était donc simple : aborder directement Gaspard un matin qu’il sortirait seul de l’immeuble, & lui proposer sans détours un impromptu de fin d’après-midi.  

Sans manifester de surprise, Gaspard sortit son agenda électronique & le consulta. Il fit défiler les menus sur l’écran, et proposa un rendez-vous trois jours plus tard à dix-sept heures. Ceci convenu, il cocha la case avec son stylet, & salua Christelle avant de monter en voiture. Il aurait fait la même tête pour lui remettre le chèque de loyer. Quant à Christelle, se méfiant de regards indiscrets, elle arbora également un visage tout ce qu’il y eut de plus professionnel, comme si elle venait d’encaisser ce chèque de loyer.  

Nul n’aurait pu deviner le feu de la curiosité et de la sensualité qui la brûlait en-dedans.  

En famille, elle ne changea surtout rien à ses habitudes, & pas question de passer chez le coiffeur en milieu de semaine pour que Steve le remarque & s’en étonne. Mais elle veilla à manger moins & à boire beaucoup d’eau durant les neuf repas qui la séparaient du rendez-vous. Deux ou trois livres en moins affineraient agréablement sa silhouette, pensait-elle. De fait, elle perçut les deux centimètres en moins à la taille en enfilant son pantalon de toile.  

C’était le jour où Cindy mangeait chez ses grands parents qui habitaient dans le même arrondissement. Ils étaient allés la chercher à la sortie de l’école, pour l’emmener directement chez eux où elle passerait la nuit.  

L’esprit libre, Christelle prit donc l’ascenseur pour le deuxième étage. Elle savait que son hôte était arrivé, elle avait vu la voiture garée à sa place habituelle.  

Elle sonna, & quinze secondes plus tard Gaspard lui ouvrit la porte.  

Elle découvrit la procédure habituelle. Inutile de parler de son emploi dans l’immeuble, ou de la vie du quartier. Il y avait juste une affaire à régler, les négociations avaient déjà eu lieu.  

Pour Gaspard, ce fut la routine, en quelque sorte. Comme chaque fois, il fut rassasié sexuellement, & il n’attendait rien d’autre. Pour Christelle, cela prit une autre dimension.  

Sans y mettre plus de sentiments que son partenaire, elle eut une véritable révélation sexuelle.  

Le bas-ventre en fusion, elle se sentit manipulée, insinuée, introduite, pénétrée, enfoncée, transpercée, traversée, atteinte si expertement au plus profond de son intimité qu’elle jouit plusieurs fois comme jamais elle n’avait joui. Les milliers de terminaisons nerveuses qui remontaient de son ventre intime à son cerveau lui firent parvenir un long message de plaisir. Toutes les autres lignes du réseau saturé étaient provisoirement coupées.  

« Connais-toi toi-même » indiquait le fronton du temple de Delphes à celui qui voulait entrer.  

Christelle ignorait cette anecdote philosophico-archéologique, mais ce fut durant cette heure là qu’elle comprit que jamais elle ne pourrait renoncer au vertige sexuel inouï qu’elle venait de découvrir.  

Christelle avait le feu sacré… aux fesses, mais à la différence des prêtresses de Vesta, pour entretenir ce feu il lui fallait inévitablement contredire le principe de chasteté…  Sa vie venait de changer.  

Steve devrait se soumettre ou se démettre.  

Ignorant tout cela, Gaspard se prépara une endive braisée qu’il avala rapidement devant le journal télévisé.  

Christelle ne comptait pas faire appel de nouveau aux services de Gaspard. Elle pensait savoir où trouver des étalons capables de lui donner ce qu’elle voulait désormais.   

C’est ainsi que Christelle devint rapidement Chris Vertigo, récompensée d’un Hot d’Or l’année suivante au festival du film pornographique : une des actrices les plus demandées sur les tournages internationaux. Elle avait son site Internet, elle participait aux émissions branchées tardives de la télé du samedi soir. On savait qu’elle ne feignait pas, qu’elle avait fait de sa nouvelle carrière un sacerdoce. Elle avait eu une vision, une révélation, la vocation lui était venue. Elle jouissait devant les caméras comme aucune autre avant elle, les acteurs qui défilaient pour l’enfiler n’en revenaient pas. Ses cachets atteignirent des sommets inégalés dans le métier. Elle était la star de ses films, les autres n’étaient là que comme bouche-trou. Avec elle, le cinéma pornographique fit sa révolution à la sortie de son premier film (Anatomie d’un Mordeur), comme Le Chanteur de Jazz avait renvoyé le cinéma muet à la préhistoire. 

Steve n’avait pas résisté à l’ouragan. Il n’avait pas une seule photo de sa femme à poil, alors que ses clients grillaient les circuits des photocopieurs qu’il leur vendait à reproduire celles qu’ils échangeaient entre eux.  

Avec le divorce, il obtint la garde de Cindy qui voyait sa mère tous les week-ends dans le nouvel appartement que celle-ci avait acquis dans un quartier chic d’une banlieue proche de Paris, en bord de Marne. Rien dans cet appartement n’évoquait la carrière de Christelle, elle n’y recevait que sa fille, & tenait à ce que celle-ci ait une éducation stricte, exempte de toute pensée qui ne répondit pas aux principes reçues dans sa nouvelle école. En effet, Christelle (bien qu’elle ne fut pas folle de la messe), avec l’accord de son ex-mari, avait inscrit Cindy chez les bonnes sœurs.  

Jamais Gaspard n’apprit tout ceci. Il remarqua un jour qu’une nouvelle concierge venait de prendre possession du logement de fonction du rez-de-chaussée, mais n’étant adepte ni des films pornos ni de la télévision du samedi soir, il ne fit jamais le lien avec la nouvelle carrière de Christelle et son départ.  

Aux petites causes les grands effets…

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Mercredi 20 septembre 2006
publié dans : Feuilleton GASPARD

TOUS LES JOURS : 1 ÉPISODE DES AVENTURES DE GASPARD...

Toujours est-il qu’au soir de cette journée du coup de théâtre, Marité rentrant chez elle ne trouva ni son mari, ni ses parents qui auraient du être là comme ils lui avaient annoncé la veille. Un appartement vide, un lit en bataille, des odeurs lourdes et imprévues…

Elle appela ses parents au téléphone. Ce fut Marcel qui décrocha. Un peu gêné, il préféra lui passer Suzanne.

Ce fut Suzanne qui se chargea de tailler un costume tout neuf pour Laurent à sa fille en pleurs.

Toute la nuit, Marité attendit le retour de Laurent pour s’expliquer avec lui, mais il était parti avec quelques affaires fourrées pêle-mêle dans un sac de voyage, dormir chez un copain.

Elle sombra pour une courte heure dans un sommeil de plomb sur le canapé du salon, & au réveil décida d’aller travailler.

Il lui téléphona au boulot dans la matinée, sachant qu’ainsi elle ne pourrait trop lui dire tout ce qu’elle pensait et sur le ton adéquat (moitié cris, moitié pleurs).

Ils parlèrent donc sur un ton morose, & convinrent de se voir le soir à l’appartement pour aviser.

Elle rentra la première, & prit les devants pour lui indiquer qu’il dormirait dans le salon jusqu’à ce qu’il se trouve un autre logement, & qu’elle allait demander le divorce. Il tenta les regrets, la colère, les pleurs, les cajoleries, à nouveau la colère, mais elle resta inflexible… inébranlable diront les mauvais esprits.  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ainsi s’acheva cette romance de jeunesse, qui contribua à forger le caractère de Marité, & à la faire passer – hélas, et de mauvaise manière – dans le monde des adultes, celui où les responsabilités et les irresponsabilités pèsent plus lourd que dans le monde des enfants – en tout cas dans celui de la Walt Disney Company lorsqu’elle censure Michael Moore.

Marité avait été satisfaite des prestations de Gaspard. Les dires de Anne-Sophie avaient été confirmés : un braquemart fameux & une technique irréprochable, un comportement sans fausse note, & une hospitalité de bon goût, sans que les sentiments ne viennent troubler cette confortable économie du sexe.  

Elle en aurait bien repris une tranche au réveil, pour la route, mais elle avait entendu la douche fonctionner, & avait compris que le personnage avait ses habitudes sans fantaisies. Quand il quitta la chambre pour aller boire son café, elle prit une douche à son tour, & s’habilla en échangeant ses sous-vêtements de la veille contre ceux préparés dans son vaste sac à mains.   

Marité aurait constitué une compagne de bon aloi pour un type comme Gaspard, il s’en rendit compte rapidement, mais à ce moment de leur vie aucun des deux ne songeait à nouer une relation suivie avec un partenaire.  

Toutefois, lorsqu’elle lui proposa de se voir chez elle la semaine suivante, après réflexion (il ne faisait rien inconsidérément) il accepta. 

Elle bu à son tour un café, & ils descendirent ensemble l’escalier pour rejoindre leurs véhicules respectifs après un salut fort civil.  

Leurs derniers mots échangés avaient eu un témoin : Christelle, trente-cinq ans, une petite blonde avenante, & de son état concierge de l’immeuble où résidait Gaspard. 

 

 

 

 

Christelle occupait cet emploi depuis dix-huit mois. Elle était mariée à Steve, VRP en photocopieurs, & mère d’une petite Cindy. Le couple n’avait aucune origine anglo-saxonne, mais depuis des années la vogue des feuilletons uhéssiens avait engendré ce genre de prénom : chaque année, naissaient des clones de personnages ou d’acteurs de séries télévisées (Sue Ellen, Joan, Steven, Allyson, Sharon, Brandon, Jason, Sandy, etc.). 

Christelle avait rapidement remarqué que le locataire du deuxième gauche recevait une forte variété de représentantes de la gente féminine. Elle le trouvait pas mal, mais pas craquant. Perspicace et pleine de bon sens, elle avait donc compris que son principal atout, il le dissimulait, & pas dans son attaché-case.

Le métier de Christelle lui laissait l’esprit libre pour réfléchir, & le métier de Steve laissait à Christelle du temps pour s’organiser.

La conjugaison de ces deux facteurs donnait un résultat des plus alléchants pour Christelle, en stratégie d’entreprise on appelle ça une synergie : le tout est supérieur à la somme des facteurs grâce à leur heureuse combinaison… en gros une combinaison optimale des désirs de Christelle avec les absences de Steve.

Christelle ne connaissait rien au management, mais son plan était sans faille. Si Gaspard était d’accord, bientôt les cornes de Steve orneraient sa chambre à coucher, à côté de quelques autres de belle taille.

 

 

 

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Mardi 19 septembre 2006
publié dans : Feuilleton GASPARD

TOUS LES JOURS : 1 ÉPISODE DES AVENTURES DE GASPARD...

Mais cette hésitation fugace trouva seule sa réponse. Le Laurent en question les aperçut du coin de l’œil, & en poussant un glapissement de terreur se jeta en arrière, se retirant si vite totalement de sa partenaire qu’elle ne comprit pas ce qui se passait, & resta encore quelques instants à genoux, croyant sans doute à un jeu de son hussard.

Beau-papa, en tout cas, ne perdit pas une miette de la vue de cette poitrine opulente et ferme. Ca le ramena bien des années en arrière dans ses souvenirs. La mère de Marité, assez trapue, n’était pas faite comme sa fille –plutôt élancée comme son père– &, dans sa jeunesse, elle-même avait arborée fièrement une poitrine qui n’avait rien à envier à celle qu’il contemplait avec nostalgie.

Quand la brunette fort piquante découvrit à son tour les visiteurs impromptus, elle ne paniqua pas, au contraire : elle surprit tout le monde en éclatant d’un rire incoercible, ne songeant pas même à protéger sa pudeur, les fesses toujours en l’air dans sa gaîté subite, les seins rebondissant au rythme de l’hilarité tentatrice.  

 

 

 

 

Par charité, nous ne nous appesantirons pas sur la déroute de Laurent, dont le sexe frustré pendait, misérablement ramolli, dans sa capote luisante, déformée, avachie, qu’il n’occupait plus qu’à moitié, juste avant que, par une revanche tardive et fort mal à propos, l’éjaculation attendue ne se produise tout de même, envoyant le préservatif à cinquante centimètres, sur le drap blanc.

A la vue de l'éjection inopinée de ce projectile déconcertant, Suzanne eut un haut-le-corps & fit demi-tour sans dire un mot. L’air fataliste, Marcel la suivit, aussi silencieux, & tira la porte derrière lui.

Ils reprirent leurs valises et quittèrent l’appartement, toujours muets, en percevant les éclats étouffés de la voix de Laurent, faits moitié de protestation et moitié de lamentation.

Ils rentrèrent directement chez eux. Le trajet en voiture commença dans le mutisme qui se poursuivait, une rumination qui annonçait de l’orage pour monsieur Gendre.

Ce fut Suzanne qui parla la première, & pour parler, elle parla. Un torrent d’imprécations contre Laurent, une remontée de reproches tus depuis des années qui additionnés les uns aux autres sortaient en file indienne comme des rangs de fantassins, le retour du refoulé en cinémascope, avec le son THX Dolby Surround. En conduisant, le regard sur la route, Marcel approuvait de la tête.

Suzanne était le témoin, le procureur, le juge, le jury.

La sentence était imminente : le condamné aurait la tête tranchée, ça lui ferait les pieds.

Suzanne défendait sa fille.

Suzanne, c’était César, c’était Attila, c’était Napoléon, c’était les trois réunis : un géant devant lequel rien n’aurait pu résister, l’Europe devait plier… en tout cas Laurent.

Seul Victor Hugo aurait pu rendre cette sainte colère… peut-être… et encore : un Victor Hugo dans les bons jours, en bonne forme, après un entraînement régulier & peut-être même dopé… celui de Quatre-vingt-treize, celui de la Légende des Siècles, celui de William Shakespeare, pas le Totor souffreteux des Misérables : trop faible pour le tempérament de Suzanne hors d’elle !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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