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"En fait, je trouve que d'une manière globale, et tout bien considéré, l'univers est trop sérieux."
Dick Shaver

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Dimanche 19 novembre 2006
publié dans : De la création littéraire...

Un échange s'est engagé avec Philippe Charpentier (http://www.philippecharpentier.net/)  à la suite de l'extrait précédent de mon roman "Le Rêve d'Orphée"... (http://ericlow.over-blog.com/archive-11-12-2006.html)

Le sujet n'en est pas neuf, mais il me passionne toujours autant, car on y cause de la seule activité qui m'intéresse : écrire...

Sans la permission de P.C. (qui peut demander que j'ôte tout ça), je recopie le début de cet échange, qu'il serait peut-être intéresssant de poursuivre à plus de 2 ?

P.C. : Moi je parlerais d'une écriture automatique Célinienne.

quel honneur ! merci Philippe !

 à noter : je n'avais pas encore Céline, je me suis bien rattrapé depuis...

 à l'époque j'avais + ou - digéré H. Miller, J. Joyce, M. Lowry, & les classiques... mais pas Céline, qui, c'est vrai, a ensuite eu beaucoup d'influence également...

 tout est affaire de digestion... & que ça ne donne pas que de la merde !... je ne suis pas le bon juge en ce qui concerne ce que j'écris...

 j'essaie de conserver la fougue, la verve & l'exigence que j'avais alors (à 20 ans)... & j'ai toujours affirmé qu'il faut être à la fois très humble (après tous ces grands) & très présomptueux pour se lancer quand même... je suis 1 peu tout ça...

 & je présume qu'il en va de même pour toi qui peint ?

 l'essentiel est d'essayer d'apporter quelque chose d'inédit... question de (bonne) volonté... c'est beaucoup d'énergie & de désillusions... surtout pour se faire reconnaître... ce que je ne sais pas faire (pas doué pour faire le VRP de ce que j'écris : je comptais sur internet... tu vois le résultat !)

 tu vois que j'ai pris ton commentaire très au sérieux, parfois on se laisse surprendre... 1 000 excuses...

  

P.C. : Je ne pense pas que l'inédit ou la recherche de la nouveauté doive être le but (tout a été fait) ce qui est important c'est d'être SOI dans ce qu'on fait , c'est la seule chose nouvelle puisqu'on est unique.
C'était le proverbe du jour.

 

 tout n'a pas été fait... on avance par sauts qualitatifs (au sens de "changement de nature") : il y a eu 1 avant & 1 après Socrate / Rabelais / Shakespeare / Rimbaud / Joyce / Proust / Céline / Cézanne / Picasso / Mozart / Parker... rien n'empêche que cela se reproduise...

  qualitatif : car même si les 1 & les autres n'eussent existé sans leurs prédécesseurs, ils n'ont pas simplement prolongé ce qui existait, ils l'ont bouleversé... après, ça plait ou non, mais ça n'est pas la question...

 dire que tout a été fait, c'est finalement adopter la position des zauteurs de la Renaissance ou du Parnasse qui estimaient qu'il n'y avait plus qu'à reproduire...

 par contre : oui c'est important de ne pas tricher avec soi-même, mais en cela on peut parvenir à la nouveauté : les histoires au fond doivent peu changer, mais le style étant le fond on peut aboutir à 1 réelle innovation créatrice... comme disait Ellington : "peu importe ce qu'on joue, ce qui compte, c'est comment on le joue"...

 par exemple : les phrases de Malcolm Lowry ne sont peut-être pas révolutionnaires en elles-mêmes, mais la construction en 12 heures /  mois était inédite… en y incluant en outre des symboles cabbalistiques pour créer finalement 1 vision différente de la réalité...

pour celui qui fait 1 effort, sa vision est unique...

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Dimanche 16 juillet 2006
publié dans : De la création littéraire...

1.Sur ce, me voici, dans la mémoire, en ses terrains, en ses vastes entrepôts.

Saint-Augustin, Confessions, livre X-8

2.Aussi faut-il que l'artiste (...) s'il veut que son peuvre puisse suivre sa route, la lance, là où il y a assez de profondeur, en plein et lointain avenir.

3.Il en est ainsi pour tous les grands écrivains, la beauté de leurs phrases est imprévisible, (...), elle est création

Marcel Proust, A l'ombre des jeunes filles en fleurs

4.Ce que nous appelons la réalité est un certain rapport entre ces sensations et ces souvenirs qui nous entourent simultanément. La vérité de commencera qu'au moment où l'écrivain prendra deux objets différents, posera leur rapport, analogue dans le monde de l'art à celui qu'est le rapport unique de la loi causale dans le monde de la science, et les enfermera dans les anneaux nécessaires d'un beau style. Le devoir et la tâche d'un écrivain sont ceux d'un traducteur.

5.Les vrais livres doivent être les enfants non du grand jour et de la causerie mais de l'obscurité et du silence.

Marel Proust, Le temps retrouvé

6.On est artiste à condition de ressentir comme contenu, comme la chose même, ce que les non-artistes appellent la forme

Friedrich Nietzsche, Le livre du philosophe

7.Toutes les fois qu'il y a effort au style, il y a versification

8.Il doit toujours y avoir une énigme en poésie, et c'est le but de la littérature, -il n'y en a pas d'autres, -d'évoquer les objets.

Stéphane Mallarmé, Réponses à quelques enquêtes

9.La simplicité est une conquête, une victoire sur soi-même (...) une récompense

Robert Bresson (interview)

10.Revêtir les évènements et les phénomènes d'une réalité plus haute née de l'esprit (...) les manifestations de l'art possèdent une réalité plus haute et une existence plus vraie

Friedrich Hegel, Esthétique de la peinture figurative

11.Je ne veux pas servir ce à quoi je ne crois plus, que cela s'appelle mon foyer, ma patrie ou mon église. Je veux essayer de m'exprimer, sous quelque forme d'existence ou d'art aussi librement et aussi complètement que possible.

12.Je désire presser dans mes bras la beauté qui n'a pas encore paru au monde.

James Joyce, Dedalus

13.Nous sommes entourés de mystère. Nous désirons maintenant explorer le monde caché, ces courants de fond qui circulent sous la surface apparement solide de la réalité. - Mais que pensez-vous de Proust ? C'est quelqu'un assurément. C'est l'auteur français le plus important de notre temps. Ses innovations lui étaient nécessaires pour exprimer la vie moderne telle qu'il la voyait. Comme la vie change, le style pour l'exprimer doit changer aussi. Le style de Proust exprime cette érosion presque imperceptible, mais implacable, du temps qui, à mon sens, est le moteur de son oeuvre.

14.J'ai donc essayé d'écrire naturellement, en m'appuyant sur l'émotion et en banissant l'intellectualisme. L'émotion a inspiré la ligne générale et le détail de mon livre. Et, si on écrit en se fondant sur l'émotion, on aboutit à l'imprévisible qui peut avoir plus de valeur - ses sources étant plus profondes - que les produits de la méthode intellectuelle. Lorsqu'on écrit, on doit donner la sensation que l'apparence des choses est en perpétuel changement, fruit de l'humeur et de l'impulsion du moment (...) l'important n'est pas ce qu'on écrit,mais comment on l'écrit. Tout, de nos jours, est soumis au flux du changement, et la littérature moderne,pour être valable, doit exprimer ce flux. Seule la texture de mes mots pouvait les peindre.

James Joyce, Entretiens avec Arthur Power

15.Les éléments nécessaires ne s'unissent qu'après une coexistence prolongée.

James Joyce, lettre à H.S. Weaver

Chaque grand artiste (...) refrappe l'art à son image

Victor Hugo, William Shakespear

16.Je ne voulais à aucun prix devenir un artiste au sens du phénomène, de l'être à part, exclu du courant de la vie (...) Toute grande oeuvre d'art, si elle atteint la perfection, sert à nous rappeler, mieux : à nous faire rêver l'intangible éphémère - c'est-à-dire l'univers. (...) il existe donc en moi un monde qui ne se compare à aucun monde de ma connaissance. Je ne le tiens pas pour ma propriété exclusive - seul mon angle de vision est exclusif, parce qu'unique.

Henri Miller, Sexus

17.Le style résulte d'une sensibilité spéciale à l'égard du langage.

Paul Valéry, Pensée et art français

18.son oeuvre (celle de Proust) représente moins la création de ce qu'on appelle un "monde" d'écrivain, c'est-à-dire le filtrage objectif par une sensibilité originale, que l'application d'une conqête décisive, aussitôt utilisable par tous : un saut qualitatif dans l'appareillage optique de la littérature.

Julien Gracq, En lisant, en écrivant

19.Idée poétique est celle qui, mise en prose, réclame encore le vers.

20.Plus on est vrai, plus on est banal.

21.Celui-là seul sait vraiment orner un style qui est capable d'un style net et nu.

Paul Valéry, Choses tues 

22.C'est une histoire contée par un idiot,

pleine de bruit et de fureur,

qui ne signifie rien.

Shakespear, Macbeth (V-5)

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Samedi 15 juillet 2006
publié dans : De la création littéraire...

à quoi reconnaître le véritable écrivain ?

il y a des signes…

comme la liberté qu’il prend avec la langue (le vocabulaire, la syntaxe, la grammaire)

mais une liberté non exempte de règles… qu’il façonne selon ses besoins, comme l’artisan façonne parfois l’outil qui lui manque pour tel geste précis…

il a l’oreille musicale car il entend les mots & les phrases, il module, il nuance… & les signes qu’il trace sur la page sont comme des notes sur 1 portée…

ainsi fait-il vivre la langue… à la fois langue commune & langue particulière… on la reconnaît mais elle étonne… chacun la sienne mais tous la même…

 il puise en lui la matière & le sens, ne cherchant pas à « faire vrai » mais s’efforçant « d’être vrai » au plus profond de lui-même… suffisamment exigeant envers lui-même pour ne s’arrêter que lorsqu’il estime avoir obtenu le résultat recherché…

il "produit" quand les autres "reproduisent"...

 un livre facile n’apporte rien que n’ait déjà son lecteur à sa propre surface… le véritable écrivain va nourrir son lecteur, le provoquer, l’étonner, le révéler à lui-même… ainsi y aura-t-il autant de lectures que de lecteurs... que de re-lectures... ainsi le véritable écrivain est-il inépuisable...

enfin il y a le Temps… le vrai écrivain satisfait rarement ses contemporains… rares sont ceux qui le reconnaissent pour ce qu’il apporte… il écrit – malgré lui – pour les générations futures… il doit laisser le temps à l’assimilation… si elle se réalise, si la réalité a finit par le rejoindre, ça n’est pas qu’il était à l’avant-garde : les autres étaient simplement en retard ! c’est aussi vrai en peinture, en sculpture, en musique…

il n’y a pas d’avant-garde ! il n’y a que des borgnes au royaume des aveugles !

1 détail : être publié reste la condition pour être lu… ouarf ouarf !

+ 1 précaution : ne pas se fier au concept de « nouveauté », fumier de l’esprit du temps : faussement« moderne », bassement « utilitariste », qui se souvient des auteurs « à la mode », des « best-sellers » des années passées ?

pensées éparses non exhaustives : la polémique est ouverte…

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