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"En fait, je trouve que d'une manière globale, et tout bien considéré, l'univers est trop sérieux."
Dick Shaver

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Dimanche 22 juin 2008
publié dans : POÈMES & ROMANS

je sais pas si vous pouvez vous rendre compte… mais quand j’ai débarqué à Hollywood c’était en 1921… j’avais 21 ans… & j’arrivais du 4ème arrondissement de Paris !...

imaginez : moi 1 jeune juif dont les parents avaient quitté les pogroms dans la Pologne sous le tsar dans les dernières années du 19ème siècle… moi trop à l’étroit dans ce quartier où des milliers d’émigrants avaient trouvé refuge dans le Pletzl… ainsi nommait-on ce quartier vaguement symbolisé par la rue des Rosiers… mes parents –gens cultivés mais pauvres- avaient dû s’adapter à leur nouvel environnement

 

mon père avait ouvert 1 échoppe de tailleur… j’allais à l’école au numéro 6 de la Place des Hospitalières Saint-Gervais (au numéro 10 c’était les filles)… je venais faire mes devoirs installé derrière lui sur 1 haut tabouret… mes cahiers & mes livres de classe étalés sur la grande table de découpe & il me faisait réciter mes leçons en me corrigeant de sa grosse voix douce chargée d’accent… son regard clair fixé sur moi… à travers moi… comme s’il voulait imprimer en moi tous les espoirs d’1 monde meilleur…

quant à ma mère elle servait les déjeuners dans 1 cantine rue des Rosiers… tous les juifs de Paris venaient là… ils retrouvaient leur langue… leur culture… leur théâtre… & les arômes de cette cuisine qui reste encore pour moi 1 telle gourmandise & dont je ne parviens plus nulle part dans le monde à retrouver le véritable goût… ça a disparu avec l’extermination… avec les années 60… question de génération… quand je retourne aujourd’hui rue des Rosiers le piquel est sec & sans goût… les cornichons sont sucrés…

 

j’ai grandi parmi les livres… en yddish… en français… mais je suis quasiment né avec le cinéma

je commençai à peine à le découvrir quand la guerre a éclaté… comme beaucoup d’autres juifs reconnaissants envers la France de les avoir accueillis –sans leur donner la nationalité française- mon père s’est engagé…

lorsqu’il est revenu après ces grands massacres il boitait… sa hanche droite réparée tant bien que mal après qu’il ait reçu 1 éclat d’obus le fit souffrir toute sa vie…

 

il reprit sa place l’aiguille à  la main… assis derrière la vitre de son échoppe… ma mère avait changé d’emploi : elle travaillait désormais dans 1 librairie où l’on trouvait tous les grands auteurs du théâtre yddish mais aussi les journaux… beaucoup de monde fréquentait cette librairie… on y discutait ferme aussi… les débats sur le sionisme agitaient jeunes & vieux

mais moi je vibrais aux films d’1 ou deux bobines –ça ne faisait guère plus de dix à  vingt ou vingt-cinq minutes mais ça valait pour moi à cette époque tous les romans du monde- racontant les aventures de l’ouest (on ne disait pas encore westerns)… aux premières péripéties de Max Linder… puis de Charlot… je savais que quelque part en Amérique 1 Eldorado se créait… imaginez qu’en 1915 on mettait plusieurs fois par semaine plus de 20 000 dollars pour des films de quatre bobines ! 60 000 dollars pour des longs métrages ! & des longs métrages la Paramount en sortait plus de deux par semaine à elle seule !

rendez-vous compte : pour Intolérance –que je n’avais même pas vu d’ailleurs ! mais j’avais lu ça dans 1 revue- Griffith en 1916 avait eu 1 budget de 400 000 dollars ! 5 000 figurants ! le film monté durait plus de trois heures !

ces chiffres me donnaient le tournis… j’étais plus plongé dans les revues de cinéma que dans la littérature yddish !

je harcelais mes parents pour partir là-bas !

 

eux qui avaient déjà quitté leur Pologne natale pour trouver 1 asile en France ne comprenaient pas ce que j’avais à vouloir la quitter… mais moi ça n’était pas pour fuir : je voulais 1 nouvelle vie… je voyais l’Amérique comme 1 pays neuf où l’on pouvait démarrer avec rien pour tout bâtir !

mes parents qui avaient déjà perdu presque tout contact avec leurs familles à part 1 ou deux lettres par an -& la guerre n’avait rien arrangé !- ne concevaient même pas de me perdre… j’étais leur unique enfant… ma sœur était morte à sa naissance deux ans après la mienne & j’étais plus que la prunelle de leurs yeux pour mes parents… comme on est inconscient… insouciant à cet âge ! eux qui avaient connu les pogroms… le long voyage en train en troisième classe à travers l’Europe… la guerre… & moi qui à vingt ans voulait tirer 1 trait sur tout ça… plus pressé de vivre… de faire quelque chose –sans savoir quoi exactement- je leur tenais tête dans des discussions interminables à table le soir… ma mère finissait par s’énerver en criant que je voulais les abandonner… mon père hochait la tête sans rien dire en me regardant par-dessus ses lunettes car sa vue baissait… son métier pratiqué presque jour & nuit à tirer l’aiguille dans 1 lumière trop faible lui mangeait la vue…

 

Welcome to America ! trois semaines épuisantes à peu manger & à peu dormir pour aboutir à Ellis Island où après des heures d’attente nous subîmes des tests idiots ou dégradants… mon père avec la lettre L marquée à la craie sur son épaule pour indiquer qu’il était boiteux (lame)… & pour finir 1 liste de vingt-neuf questions posées en yddish par 1 interprète & 1 inspecteur… Welcome to America ! & voilà ! c’était fait ! nous étions à New York ! avec nos pauvres économies… nos valises en carton bouilli… trois vies résumées dans cinq valises… devant mon entêtement & incapables de se séparer de moi mes parents avaient cessé de lutter… quand on ne peut plus lutter contre le courant il faut l’accompagner avait dit mon père 1 soir…

 

& nous étions partis… liquidant le peu que nous avions de livres… de vaisselle… de meubles… quittant le petit logement sombre… les poches pleines de lettres à distribuer à ceux qui étaient partis avant nous… autant d’adresses où nous comptions trouver l’aide nécessaire pour entamer cette nouvelle vie… mes parents atteignaient à peine la quarantaine… c’était déjà le deuxième fois qu’ils abandonnaient tout derrière eux… & ça ne fut pas plus gai que la première fois je pense… il n’y a pas d’habitude qui adoucisse les choses dans cette situation… mais nous restions ensemble

New York nous impressionna terriblement… gigantesque… c’est le mot qui vient forcément…mais New York fait toujours cet effet là aux européens… encore aujourd’hui…

il a fallu prendre 1 taxi pour Brooklyn… nous n’y avions pas de famille… mais à notre surprise nous arrivâmes tout de même en pays de connaissance car parlant le yiddish… arrivant du Pletzl & chargés de courrier nous fûmes invités à manger chez les uns chez les autres… nous donnions des nouvelles & on nous refilait des tuyaux… pour se loger… pour travailler…

 

mais pour moi New York n’était qu’1 étape : je visais Hollywood !

alors deux mois plus tard on a refait les bagages & on est partis pour la Californie !

il n’y avait pas encore la fameuse enseigne… vous savez : HOLLYWOOD ! elle n’a été installée qu’en 23… & encore : à l’époque c’était HOLLYWOODLAND... c’est seulement après la guerre que ça a été réduit… mais on oublie qu’à l’origine ça n’était qu’1 panneau publicitaire pour des promoteurs immobiliers !

 

fallait voir déjà en 21-22 ce qu’était Hollywood ! des dizaines de milliers de gens travaillaient déjà dans les studios ! les usines à rêves ! & c’était rien de le dire ! y avait là autant d’activité que dans les abattoirs gigantesques de Chicago ! on y débitait tout pareil ! mais des films ! vous vous rendez compte qu’il y avait 20 000 salles de cinéma aux Etats-Unis à cette époque ? cinquante millions de spectateurs ? quand ils sortaient du territoire pour inonder la planète les films étaient déjà amortis… 1 vrai business ! mais on y fabriquait du rêve… ça !...

 

je voulais ma part ! ça c’est sûr !

on était aux Etats-Unis… on voulait devenir citoyens américains ! on s’est mis tous les trois d’arrache-pied à apprendre l’anglais… mes parents n’ont jamais tout à fait perdu leur accent… mais on savait que pour s’installer & travailler il serait plus facile de parler anglais… on est partis de zéro… mes parents ont ouvert 1 petite épicerie- bazar… vraiment on y trouvait de tout ! on avait 1 appartement au-dessus ! deux fois plus grand que celui de Paris… il y avait le soleil californien ! je crois qu’on était heureux…

moi je prenais le tramway tous les jours pour Hollywood… j’étais prêt à tous les boulots pour y entrer…

 

malgré tout je n’y étais pas si dépaysé… des milliers d’européens avaient fait le trajet comme nous…

seulement c’était la crise à Hollywood ! en 1924 les caisses commençaient à être vides… trop de grosses…  de superproductions… trouver du boulot n’était pas évident… question d’acharnement ça oui !...

 

l’épicerie marchait bien & ma mère avait ouvert à côté 1 cantine où les émigrés juifs pouvaient retrouver les saveurs de leur enfance… je peux vous dire qu’on en a vu passer & pas des moindres… Marcus Loew qui fonda la MGM & dont les parents venaient d’Autriche… & d’autres… Sam Goldwyn qui était né à Varsovie… Schmuel Gelbfisz qu’il s’appelait… ma mère l’a toujours appelé comme ça : Schmuel ! c’était pourtant 1 nabab ! mais quand il venait chez ma mère was willst du Schmuel ? qu’elle lui demandait… mes parents & lui étaient quasiment du même âge… il aimait parler avec eux de là-bas…

 

mais mes parents étaient des gens lettrés… c’était surtout avec les scénaristes qu’ils discutaient longuement autour de verres toujours pleins de café bien fort & fumant… ils ont fait crédit à plus d’1  de ces pauvres au cerveau plein mais aux poches vides… moi j’écoutais… mais à force je me suis mêlé aux conversations… des idées j’en avais aussi… je ne m’en étais pas rendu compte mais finalement toutes mes lectures m’avaient suivi… je les avais dans ma tête… & des idées de scénarios j’en avais à revendre… c’est comme ça que j’ai réussi à entrer chez Universal…

on signait 1 contrat & on vous filait 1 bureau… mais ensuite on pouvait attendre des semaines avant d’avoir du boulot ! c’était très frustrant… c’était comme dans les usines automobiles de Detroit : on sortait des kilomètres de films à la chaîne & impossible de dire vraiment qui avait écrit l’histoire… chacun y était allé de son boulon… de sa petite vis… y’en avait bien 1 qui signait le script final mais à l’époque il n’était pas au générique… c’était l’époque des films de producteurs… on avait pu être quinze ou vingt à écrire & à réécrire le scénario… difficile de sortir du lot ! il fallait plus qu’1 idée géniale… il en fallait 1 ça c’est sûr !... mais il fallait s’accrocher pour la vendre & la tenir jusqu’au bout !

 

je tirais beaucoup mes histoires de Jules Verne… j’adorais Jules Verne ! je le relis encore d’ailleurs !... j’ai longtemps gardé sous le coude l’adaptation de 20 000 lieues sous les mers que je mitonnais… je ne cessais de la retravailler… mais le hic c’était le budget !... & puis 1 jour j’en ai eu marre qu’on me la refuse chez Universal & je suis allé voir Sam Goldwyn qui avait sa société les Productions Samuel Goldwyn… c’était pas 1 type facile ! & c’est rien de le dire !... on le cite souvent pour ses Goldwynismes du genre un contrat verbal ne vaut pas le papier sur lequel il est écrit mais il était tout sauf idiot !... il avait le sens du spectacle… & des affaires !...

 

1 jour qu’il prenait le café après déjeuner chez ma mère –il ne venait plus très souvent- je me suis planté devant lui : écoutez M. Goldwyn… ça fait des mois que je travaille sur 1 histoire superbe… donnez-moi 1 rendez-vous à votre bureau & on parlera affaire tous les deux !...

il fronça les sourcils -& je peux vous dire qu’il n’avait pas l’air commode : qu’est-ce que tu viens me déranger ici mon garçon ? je suis venu manger ici le bouillon et les krepler ! je bois mon café ! je ne parle pas affaire !

son accent était à couper au couteau mais je n’avais pas envie de rigoler ! rappelez-vous que ce type arrivé en 96 aux Etats-Unis à l’âge de quatorze ans avait sa propre usine avec cent ouvriers à dix-sept ! en 1914 il avait produit le mari de l’indienne de Cecil B. DeMille il n’avait alors que trente-deux ans !

 

ma mère affolée me faisait de grands signes derrière lui

je sais bien M. Goldwyn !... je vous demande 1 rendez-vous !...

mais tu est sous contrat chez Universal non ? pourquoi tu veux me voir ?...

je vais les quitter ! ça ne me convient pas…

ah bon ? et qu’est-ce qui te conviendrait ?...

travailler aux Productions Goldwyn ! là où on a le sens du spectacle de qualité !

je savais que c’était son point faible

et c’est quoi ton histoire ?

c’est quand le rendez-vous ?

il regarda ma mère muette d’horreur & sourit… juste 1 peu mais bon…

demain matin à huit heures… hors de question que tu sois en retard !... vous savez Rachel… si je suis en affaires avec votre fils je ne pourrai peut-être plus revenir déjeuner ici de temps en temps… je ne mélange jamais les deux…

 

ma pauvre mère ne put qu’acquiescer les larmes aux yeux… je n’ai jamais su si c’était de ne plus revoir 1 client illustre né à Varsovie comme elle ou de joie pour le rendez-vous que j’avais obtenu… ou de crainte que j’ai lâché la proie pour l’ombre comme on dit en France… mais bon !... si je suis là pour vous le raconter aujourd’hui c’est que ça a marché non ?

 

 

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Dimanche 1 juin 2008
publié dans : POÈMES & ROMANS

Niko :

« Peut-être toi, t’écrivant, inscrivant dans "le livre de sable" les jours sans fin d’un rêveur éternel. »

 

 

peut-être bien que la vie elle-même n'est qu'1 « livre de sable » comme tu dis

j'ignore si je m'écris mais en tout cas écrire est 1  des rares choses que j'ai toujours envie de faire & de faire bien – savoir si je le fais bien est 1 autre question dont je me fous : déjà j’écris comme ça me plaît & c’est pas mal…

après tout peut-être as-tu raison ? aucune assurance là-dessus !

mais écrire est peut-être 1 refuge : j'y suis peinard... vraiment peinard

rien à respecter

aucune obligation

juste moi dans le brouhaha de mes « pensées » & en train d'y faire le ménage

j'ai 1 bonne capacité à m'isoler de l'extérieur quand j'écris !

c'est très confortable dans mon crâne : le fauteuil y est  juste à ma mesure... y'a tout ce qu'il me faut comme bouquins-amis & comme pipes & tabac... personne pour me ramener au quotidien

pas de téléphone

pas de bouton qui démange

juste quelques amis qui passent parfois

Isidore

- "QI QI QI !"

faisait le p'tit poulet...

avant qu'on lui coupe la tête

moralité :

si t'es pas foutu de pondre des œufs

quand on veut que tu pondes des œufs

vaut mieux te faire oublier !

rentre dans ta coquille petit poulet

- comme l'escargot ?

- non pas comme l'escargot : il est trop con l'escargot ! il veut avancer tout de même mais à pieds joints & il se casse tout le temps la gueule car il n'a qu'1 pied...
- comme l'huître alors ?

- non pas comme l'huître qui baille tout le temps en se croyant intéressante parce qu'elle peut faire des perles !

- bah alors ?...

- rentre dans ta coquille te dis-je ! reviens à l'essentiel ! t'es là au fond : tu t'attends !

 

(sans queue ni tête : on les a coupées)

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Dimanche 25 mai 2008
publié dans : POÈMES & ROMANS


mais que tente donc de cacher cette image à la con ?
vous le saurez si vous cliquez

ici !
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Mardi 15 avril 2008
publié dans : POÈMES & ROMANS

il se dit qu’ils commençaient à prendre des habitudes ensemble... qu’elle ne le menait pas par le bout du nez... mais que c’était pas loin... mais elle le laissait écrire... elle l’avait cherché... elle l’avait trouvé... & mine de rien elle se l’attachait... la petite futée... futée... ça il l’avait repéré tout de suite... l’air de s’en foutre... mais toujours là... elle partait... elle revenait... elle se baladait autour de lui... elle se frottait à lui... 1 vraie chatte... il sourit… elle voulut savoir pourquoi ? il cligna de l’œil... elle comprit... & elle sourit aussi... ils ne discutaient jamais de l’avenir… ils vivaient au jour le jour... & pour le moment... ça durait... il mordit dans 1 quartier de citron... à quoi pensait-elle ?... elle aussi gardait des rêveries... des idées pour elle... faisait-elle des plans ? avait-elle des projets ? sans en avoir l’air ils partageaient pas mal de choses... mais il y avait autant de choses qui les séparaient... elle portait 1 petite robe jaune... au début il se moquait de la blancheur de sa peau... mais elle avait bronzé… ses jolies jambes étaient luisantes de transpiration… ses épaules aussi... reposant les pieds au sol il se pencha & posa les mains sur les cuisses de la jeune femme... elle lu dans ses yeux le reflet de son propre désir… elle sentit dans son corps le feu qui s’étendait... son cœur qui s’accélérait… ils se levèrent... il alla fermer la voiture tandis qu’elle montait l’escalier de l’hôtel vers la chambre obscure & fraîche... elle l’attendait sur le lit... couchée sur le côté... déjà dévêtue… elle se retourna & le fixa dans les yeux… elle sourit d’1 côté… subitement il ne la trouva plus jolie mais belle... & l’admira... étonné de la ligne du menton... du nez fin & droit... des yeux marrons qui brillaient… chassera-t-elle définitivement mes démons ? se demanda-t-il… elle sentit le changement… elle tendit les bras & l’attira vers elle… ils s’étreignirent & jouirent très vite... peut-être parce qu’il faisait trop chaud pour prolonger cela ? peut-être parce que le désir était trop intense ?

ils étaient allongés sur le dos... côte à côte... les draps étaient humides de leur sueur

 

c’est à ce moment qu’il prit la décision de la quitter
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Mardi 1 avril 2008
publié dans : POÈMES & ROMANS

elle était debout dans le noir... invisible... sans idée de l'endroit de France où elle se trouvait... écoutant les messages qui s'adressaient à 1 autre : 1 de son amant... lui donnant rendez-vous pour hier soir... 1 amie qui l'invitait à fêter son anniversaire la semaine prochaine... sa sœur qui se décommandait pour dimanche (le petit avait 1 grippe)... 2ème message de l'amant qui l'appelait du restaurant (agacement)... 3ème message de l'amant (inquiétude)... 1 appel d'1 type du boulot avec qui elle avait déjeuné 2 jours plus tôt (elle ne lui avait pas donné son numéro... il avait dû le chercher dans l'annuaire : il l'invitait à prendre 1 verre hier soir... pourtant le coup de téléphone était déjà tardif)... 4ème message de l'amant (énervement & menaces)... elle effaça les messages & raccrocha

 

à la station-service elle acheta 1 bouteille d’eau & 1 sandwich… elle but 1 café sur place

 

1 jeune homme entra… pas très grand… grosses épaules & on voyait les muscles de ses bras sous son blouson…costaud… sans doute à peu près le même âge qu’elle… elle remarqua la force qu’il y avait dans sa démarche 1 peu lourde… il y avait 1 truc bizarre dans son visage… elle se concentra & remarqua qu’il avait le nez 1 peu tordu… il avait dû être cassé…

 

1 grand type allait droit en direction de la porte & faillit le bousculer pour passer en force mais l’arrivant ne dévia même pas… c’est le grand type qui faillit s’étaler… l’autre devait être bien plus lourd… pourtant il ne paraissait pas gras… le grand grommela & sortit

 

planté près de la porte il avait l’air de se demander ce qu’il cherchait… ses yeux parcouraient le petit magasin & croisèrent les siens… il sursauta & rougit… elle sentit son cœur battre plus fort

 

visiblement il hésitait… elle attendait qu’il vienne à elle… qu’il lui parle… elle voulait qu’il le fasse… elle n’avait aucune idée de ce qu’elle devait faire… sauf qu’elle voulait qu’il vienne… qu’il la prenne dans ses bras & la réchauffe

 

brusquement il tourna les talons & ressortit aussi vite qu’il était entré… 1 vraie fuite

 

atterrée elle resta avec son gobelet en plastique dans la main…

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Mardi 1 avril 2008
publié dans : POÈMES & ROMANS

ce matin la plage est dans la brume... on y voit à 30 mètres... maximum... les blockhaus se sont évanouis dans 1 gris cotonneux... un vent tiède de nord-ouest pousse les embruns vers la dune... des dizaines d’aiguillons humides me piquent le visage... ça n’est pas comme la pluie... des milliers de cailloux & de coquillages sont emmêlés dans des tonnes d’algues rouges qui jonchent la plage...

le ressac silencieux de la mer qui descend... je ne bouge plus... face à l’océan je me dis qu’il n’y a pas de limites (l’horizon n’étant qu’1 illusion)... j’aspire cet air salé... je m’en imprègne... je suis là... je ne bouge plus... face à l’océan

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Vendredi 21 mars 2008
publié dans : POÈMES & ROMANS

nous sommes nés du désir

nous sommes arrivés nus

comme nous repartirons

le désir nous a surpris

tout au bout de ma nuit

tu es venue me chercher

au terme de notre lutte amoureuse

tu as sombré dans le sommeil

dans le cercle de mes bras

je t’enferme dans mes yeux

au creux de l’obscurité

dans les désirs fous de nos corps

nous sommes oubliés du monde

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Lundi 18 février 2008
publié dans : POÈMES & ROMANS
1 bleu océan se réveille sur 1 ville aux abords gris le rythme change & l'océan se met à houler d'avant en arrière comme le Soleil qui ne sait plus ce qu'il fait & qui se met à tourner autour de la Terre qui oscille pour ne pas le perdre de vue & surtout pas se faire enfiler à la surprise chicaboum a chicaboum 1 bleu délavé en forme de sandwich-piano-clé croise ses 1 000 pattes & s'allume 1 cigarette tandis que le crooner se plante le micro dans le cul pour juger de l'effet sur les tympans des auditeurs affalés sur leurs tables rêvant à 1 nouvelle rasade de whisky américain sure old timer there's something wrong in these blue eyes ma copine ronronne contre moi son corps chaud me tient compagnie tandis qu'au bas du bâtiment se déclenche la guerre atomique la lumière qui transforme tout en ombre les aveuglescences comme les parfums les silhouettes comme les cris l'orgasme à l'échelle planétaire les moisissures qui se répandent voracement en foutant le feu vert à tout ce qu'elles approchent les cris d'enfants ne sont plus je me souviens des gémissements de ma copine tout à l'heure il y a 100 millions d'années quand les crabes sur la plage ouvraient des boites de conserve avec leurs pinces multiprises il n'y a plus rien qu'1 vaste plaine de sable même pas fouettée par le vent la mer s'est retirée où bof ailleurs loin de ce foutu bordel où toutes les filles étaient pour moi il y avait 1 godasse dans laquelle poussait 1 géranium carnivore qui avait déjà bouffé le chat qui passait par là il y avait 1 arrière-cour déserte ou presque car au beau milieu trôanait 1 godasse qui dans de quoi toute cette merde nucléaire s'est dissoute dans l'atmosphère mais il n'est plus maintenant question que d'1 vaste luminosité glaucarde purée de pois dans laquelle frétillent quelques squelettes animés de la danse de sAINT gUY 1 type qu'est mort bien avant tout ça la bonne idée ma copine est réveillée elle veut remettre ÇA & elle se fout à 4 pattes sur le sol mouvant & moi je l'enfile en apesanteur par-derrière en réfléchissant aux derniers cours des valeurs à wALL sTREET achèterai-je vendrai-je mes Orgasmic Gulf ont gagné 2 points & mes Foutreum Company se comportent très bien je maintiens des 2 mains ce cul qui se trémousse & n'appartient à personne 1 cul dans 1 monde gazeux qui ne demande qu'à être en contact avec 1 clé en forme de queue 1 pépé en bas mâchouille tristement 1 tampon périodique usagé en guise de chewing-gum les temps sont durs mais sa bite est molle tout passe & il y songe en la grattant avec ses doigts jaunis par la nicotine il crache 1 jus rouge au moment où d'1 coup de rein j'enfile 1 dernière fois la fille qui décolle du sol avec de petits cris de surprise joyeuse bah si elle est satisfaite pourquoi pas je suis très conciliant lorsqu'il s'agit de baiser je m'allonge sur le dos pour méditer en fumant 1 cigarette elle se couche sur moi & reste immobile au repos comme elle ne me dérange pas je la laisse s'endormir ainsi alors que le Temps que j'observais depuis 1 bon moment déjà éjacule instant sur instant dans l'utérus des 3 dimensions étoilées le Soleil utilise ses dernières tonnes de matière pour me réchauffer les glandes avant de s'éteindre dans le grand froid il fait nuit désormais la fille dort toujours j'ai plus de cigarettes les morpions ont bouffé le pépé d'orgasme en orgasme je crève doucement je me liquéfie en foutre BLANG fait le piano qui se referme sur ses bancs de perles peu à peu il n'y a plus rien
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Vendredi 15 février 2008
publié dans : POÈMES & ROMANS
octobre commençait... & les jours de raccourcir
 
il sortait peu... son appartement était situé au 1er étage d’1 vieil immeuble en briques... à l'intersection d'1 avenue passante & d'1 rue calme...
il ouvrait le canapé le soir & le repliait le matin... il avait arrangé la pièce (25 m²) en 1 sorte de bureau-bibliothèque donnant sur des jardins... en retrait des bruits extérieurs... son bureau était placé de telle manière qu'il voyait les jardins & la rue... table d’écrits vains... anonymat... retrait du monde... 1 rue à parcourir du regard dans les instants de pause entre 2 phrases... dans la fumée d’1 bouffée tirée d'1 pipe en bruyère
 
1 rue à redécouvrir ou à inventer... 1 rue où la chaussée bordée d'arbres serait luisante après la pluie... où quelques chats seraient dissimulés dans les buissons... où la brise ferait bruire & murmurer les feuilles comme les consciences endormies des êtres sommeillant dans le périmètre invisible... 1 fenêtre laissant largement voir le ciel & révélant le cosmos... 1 fenêtre par laquelle prendre conscience de ce qui berce l'homme : ce sentiment de l'infiniment grand qui nous révèle etc.
chaque nuit à remplir de son écriture irrégulière des pages quadrillées... & l'après-midi le crépitement de la machine à écrire se faisant entendre quand il mettait au propre les brouillons... parfois il descendait faire quelques courses... saluer des amis... parfois c'était le contraire... des amis venaient manger chez lui le soir... discuter à bâtons rompus
 
souvenirs...
 
ce jour-là il s'était habillé d'1 vieux jean & d'1 épaisse chemise de coton... comme à 20 ans... il se sentait dans son monde... à l'époque... quand arrivait le soir... que la ville de banlieue s'endormait horizontale... lui se levait...
 
il s’était acheté 1 micro-ordinateur
la facilité d’utilisation de cet outil... & ce qu’il apportait comme avantages l’avaient fait délaisser bloc & stylo-plume... le jeu des corrections instantanées... des déplacements de pages entières lui permettait d’avancer beaucoup plus vite vers des versions définitives... en outre à taper moins vite qu’il n’écrivait à la main le recul instantané faisait que les mots arrivaient plus précis sur 1 page écran nette comme 1 page de livre imprimé... le palimpseste devenait total... la sédimentation devenait rigoureusement invisible... ne restait que ce qui avait été décidé... jusque là il avait gardé toute sa vie des tiroirs entiers d’archives... en se sentant vieillir il avait fait le ménage... 1 grand tri... 1 grand feu emportant fragments... débris... épaves... morceaux de vie... volonté d’effacement d’1 vie qui se dénouait
 
toute cette sagesse qu’il imagine en lui lorsqu’il ne dort pas la nuit & qu’il réalise qu’il est mortel ? sagesse qui s’enfuit avec l’aube pour retomber dans 1 plate attitude crotidienne de tâches sans intérêt... veille nocturne... torturants tourments tournoyants... régressifs regrets recréés... sans cesse... méditations sur la paix nécessaire à avoir en soi... sur l’amour à donner sans rien attendre... tout cela si difficile... maintenir le passage entre la nuit & le jour pour que les bonnes résolutions parviennent à franchir la médiocrité du jour... il faut tellement donner... sous la Lune pleine la nuit tourne de plus en plus à la folie
la nuit n’est plus l’amie qu’elle a été
quant à la vie... elle ne fait que s’alourdir de chagrins... on croit souvent que les disparitions successives de ceux que l’on aime sont plus difficiles à accepter lorsque l’on est jeune... mais en prenant de l’âge... il trouve que si cela semble moins violent... ça laisse des traces de plus en plus profondes... la solitude grandit...
il se sent seul... & ça n’est pas la femme qui dort à côté de lui qui assure 1 présence... elle dort... elle l’ignore... elle se fout totalement de lui & de ses fantasmes de mort... il ne peut compter sur elle... il ne peut compter sur personne... les volets sont fermés... il reste dans le noir... les yeux ouverts... à changer de position toutes les 3 minutes... les heures se succèdent sur l’écran du réveil électronique... des fois il se rendort... cette nuit il a vu Dieu... il ne l’a pas rencontré... non : ils ne se sont pas croisés... aucun n’a parlé à l’autre... il l’a vu... c’est tout... en rêve... entre des murs sales & recouverts d’inscriptions étranges... Dieu marchait... depuis combien de temps ? on ne peut pas dire... 1 000 ans ? 3 jours ? il marchait... avec l’impression d’avoir eu 1 histoire... avec la vague conscience d’1 effroi naissant... il marchait dans 1 ville sans fin... entre des façades sans portes & aux fenêtres vides de présence.. les pas résonnaient... indéfiniment... l’écho semblait faire le tour de la Ville pour revenir derrière lui... il se souvenait qu’au début ça n’était que marécages nauséabonds... vapeurs fétides... arbres immenses aux racines plongeant dans l’eau... puis la chaleur s’était faite plomb en fusion... le sol s’était desséché & des crevasses étaient apparues... il n’y avait pas d’ombre... alors les murs s’étaient élevés... jusqu’au ciel... pas d’ombre... pas de soleil... pas de nuit... 1 lumière faisant partie intégrante de la Ville... il était nu... il marchait
il n’était jamais passé 2 fois au même endroit... il apprenait le doute... il était seul... les hommes l’avaient abandonné... vieille chose inutile
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Dimanche 27 janvier 2008
publié dans : POÈMES & ROMANS
près des eaux immobiles
les vieilles pierres blondes au soleil accablant
séchaient de la douce pluie méridienne
 
les murs à demi écroulés
protégeaient de leur ombre courte
quelques fleurs sauvages
 
la tour encore debout après deux siècles
possédait toujours son toit de lauzes
refuge de quelques corbeaux
 
le chant grinçant des cigales
pulsait dans l’air brûlant
preuve de vie à mes sens assoupis
 
sur l’herbe grillée qui me piquait le dos
allongé je sentais ma sueur ruisseler
habitant de cette vie subreptice
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Dimanche 27 janvier 2008
publié dans : POÈMES & ROMANS
ce matin sous le ciel pur d’1 froid jour d’hiver radieux la mer plate comme la lame tranchante d’1 sabre avait la couleur de l’acier bleui par le feu… des reflets de rouille sur sa surface… provenant des algues rouges flottant entre 2 eaux…
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Vendredi 25 janvier 2008
publié dans : POÈMES & ROMANS
 (tout ce qui a moins d’une importance cosmique
ne trouve pas grâce à mes yeux)
 
ici & là feuillets épars
flottant à la surface de mon bureau
comme de la conscience qui s’égare
des pensées sur le ruisseau
 
à travers les rues vides
de la planète amère
s’épand le fumet acide
qui monte des cimetières
 
sous le vent froid & perçant de l’hiver
se soulève comme une paupière gourde
une feuille argentée tombée à terre
du grand sommeil déjà lourde
 
j’entends le souffle qui s’engouffre
sous l’ardoise & la plainte
de la charpente qui souffre
& le tocsin qui tinte
 
 
(qu’obtient-on facilement
qui ait quelque valeur ?)
 
 
par ma voix par ma bouche
s’exhale le frisson
mortel pour ce qu’il touche
fatal pour les passions
 
partir pour fuir ses yeux
partir pour s’oublier
partir pour chercher le lieu
partir pour se retrouver
 
quand tombetombent le jour & le soleil englouti
mais que la nuit n’est pas encore là