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"En fait, je trouve que d'une manière globale, et tout bien considéré, l'univers est trop sérieux."
Dick Shaver

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Vendredi 27 avril 2007
publié dans : Feuilleton LA CHUTE

2 jours +tard, c’était son anniversaire… il tint à rassembler sa famille dans sa belle villa…

ses parents, toujours à gauche, mais malgré tout impressionnés de sa réussite étaient venus… ainsi que sa sœur… devenue militante anti-OGM, elle se sentait peu d’atomes crochus avec ce frère assoiffé de pouvoir & de prestige, prêt à tout dégommer & à tout déglinguer au nom du libéralisme…

quelques oncles, tantes, cousins, cousines…

les grands-parents étaient tous morts…

entourés de sa femme & de ses enfants, HPN souffla son magnifique gâteau d’anniversaire…

ça faisait 1 bout de temps qu’autant de membres de la famille n’avaient pas été réunis pour son anniversaire…

tu sais ce que ça me rappelle ? demanda-t-il à son fils aîné qui ne répondit pas, sachant pertinemment que c’était ce que son père attendait de lui…

ça me rappelle l’anniversaire de mes 6 ans…

tout le monde écoutait sans moufter

j’avais eu 1 beau vélo ce jour là… c’est ce jour là que je me suis cassé la figure, hein ? fit-il en se tournant vers ses parents qui acquiescèrent en silence

heureusement, il n’y a eu aucune séquelle… quel casse-cou j’étais ! enjoliva-t-il… mais c’était tellement 1 seconde nature chez lui…

il s’interrompit 1 seconde pour se recueillir & savourer ses faux souvenirs de garçon cascadeur prenant des risques incroyables, il finissait par croire lui-même à ses impostures & autres tartuferies…

c’était 1 vélo 1 peu comme le tien, reprit-il en se tournant cette fois-ci vers son cadet…

tiens ! tu vas voir, j’ai encore la forme ! je vais te montrer !…

il enfourcha le vélo adossé contre le mur de la véranda & commença à prendre de la vitesse…

lancé à toute berzingue, il se renversa en arrière pour cabrer le vélo, & pour la 2e fois de sa vie, il se cassa la gueule…

quand il se réveilla, la tête entourée de bandages, dans 1 chambre d’1 clinique de luxe, la lueur qui brillait dans ses yeux depuis près de 40 ans, avait disparue…

il vit sa femme, ses enfants, ses parents, & se mit à pleurnicher : j’suis tombé de mon vélo… j’voulais vous montrer… il est cassé mon vélo, Papa ?…

puis il s’endormit…

très inquiète, la famille tenta de cacher l’accident & ses conséquences… mais –sans doute par les médecins ou les infirmiers- il y eut des fuites… & ce fut 1 beau bordel !…

les opposants à HPN se contenaient difficilement devant les caméras pour ne pas exploser de rire…

les supporters ne se voyaient pas élire 1 Président âgé de 6 ans mentalement… mais le cas n’était pas prévu par la Constitution…

2 jours plus tard, HPN reprit connaissance… & couché sur son lit il prononça ces mots devenus historiques depuis :

Françaises, Français…

mes chers compatriotes…

la France a besoin de vous ! la France a besoin de nous !…

la politique conduite jusqu’alors a été injuste !… elle a favorisé les nantis, elle a accablé les plus modestes !…

je vous propose 1 nouveau pacte pour la France ! je passe 1 contrat avec les Françaises & les Français : votez pour moi !

je vous promets de renforcer les services publics, cruellement privés des moyens de bien remplir leur mission ! il faut embaucher des fonctionnaires pour mieux traiter les citoyens qui ont besoin de ces services publics que sont l’Ecole, l’Université, la Poste, les Télécommunications !…

il faut renforcer la protection sociale, afin que tous soient certains de pouvoir avoir accès aux soins quand ils sont malades !

il faut renforcer la protection des salariés dans le droit du travail, afin de contrebalancer le cynisme patronal !

enfin… parce que cela recouvre tout le reste… comme je me préoccupe du bien-être & de la santé de tous & de chacun, il faut ab-so-lu-ment intégrer dans chaque décision de l’Etat, des collectivités locales, des entreprises, l’ob-jec-tif de préservation, & je dirai même : de res-tau-ra-tion ! de l’Environnement ! mes chers compatriotes… nous ne pouvons pas ainsi continuer de foncer droit dans le mur ! la pollution nuit à notre santé ! bouleverse le climat ! détruit la biodiversité ! quelle planète voulons-nous laisser à nos enfants & aux enfants de nos enfants ?

mes chers compatriotes, aujourd’hui, il n’y a plus de doute en moi… jusqu’à présent j’avais fait fausse route… je ne servais pas les intérêts de la France & des français… j’en ai pris conscience… j’ai changé… faites-moi confiance ! & je vous promets qu’ensemble nous ferons la France + belle !

renié par son parti, il fit 60% des voix au 2e tour

FIN !

n.b. : ne cherchez pas 1 morale à tout ça, portez juste 1 casque quand vous faites les cons sur 1 vélo

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Jeudi 26 avril 2007
publié dans : Feuilleton LA CHUTE

sa voracité de pouvoir était évidente pour tout le monde depuis longtemps…

quand on lui demandait quelle est votre principale qualité, il répondait je suis pressé !… quand on lui demandait ensuite & votre principal défaut, il répondait, toujours avec son sourire carnassier, je suis pressé !…

menée tambour battant, sa campagne fut excellemment orchestrée, il connaissait la musique…

il organisa autant de rumeurs lamentables sur ses adversaires qu’il en combattit… son populisme n’avait guère de limites… comme avait dit 1 fois 1  de ses prédécesseurs : plus c’est gros, plus ça passe !…

il arriva à la veille du 1er tour en tête des sondages… mais il se battait comme s’il était le challenger… il alternait séduction & menaces… sa pugnacité était sans égale, & son culot idem…

il ne l’avait jamais avoué à personne, pas même à son épouse, mais il arrivait au terme d’1 plan élaboré le jour anniversaire de ses 6 ans, & ne laisserait personne l’entraver…

au soir du 1er tour, il put se permettre de jouer les modestes… c’en était presque comique de le voir se forcer à ne pas sauter sur son siège devant les caméras… arrivé en tête, d’1 petit point devant le second, il lui fallait préserver l’acquis, ne pas se déconcentrer dans ce dernier sprint… 15 jours avant le sacre…

la suite & la fin: demain !

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Mercredi 25 avril 2007
publié dans : Feuilleton LA CHUTE

parvenu à la quarantaine, HPN prit d’assaut le parti, & le transforma en machine de guerre à son usage exclusif…

objectif : la Présidence de la République…

chef du parti principal de la majorité, il refusa le poste de 1er ministre… il s’agissait désormais de bien montrer sa différence, même -& surtout- vis à vis du Président, issu du même parti, & qui –en d’autres temps- avait fait la même chose…

sa campagne présidentielle commença donc dès le lendemain de la ré-élection du Vieux…

chaque matin il se brossait les dents en pensant à l’effet de son sourire sur les affiches de la prochaine campagne…

principal soutien du gouvernement, il ne cessait pourtant de le harceler… donneur de leçon partout où il passait… & il allait partout… jour & nuit s’il le fallait… on le surnommait également le « ministre des faits divers », parce qu’il accourrait pour brandir l’étendard de la sécurité à la moindre émeute, du moindre incident mobilisant au moins 10 policiers…

les journalistes qui le suivaient étaient épuisés…

quand, au terme d’1 quinquennat laborieux & sans couleur, HPN put enfin se proclamer candidat à l’élection présidentielle, ça le fit tellement bander qu’en rentrant chez lui assez tard, il réveilla son épouse & fut insatiable toute la nuit… à 6 h00 pétantes, il jaillit du lit vers la douche, pour se préparer à faire la tournée des radios…

la suite demain !

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Mardi 24 avril 2007
publié dans : Feuilleton LA CHUTE

Henri-Pierre-Nicolas était sur orbite…

il démissionna de son entreprise, mais les années qu’il y avait passées lui avaient permis d’enrichir –outre son patrimoine- son carnet d’adresses… on sait que ça compte autant en politique que dans les affaires… surtout que ça se rejoint assez souvent…

en même temps qu’il devint député, il intégra la direction de son parti… les autres dirigeants le supportaient ou non, mais préféraient le garder ainsi à l’œil - & ça ne veut pas dire « gratuitement » : sous toutes les formes, HPN savait monnayer ses influences…

ayant fait ses classes en politique comme à l’école -c’est-à-dire à vitesse accélérée, HPN devint très vite ministre… 1 ministre tonitruant, avec 1 avis sur tout… quitte à empiéter sur les domaines des autres… ça n’avait jamais été 1 problème pour lui…

encombrant, mais incontournable…

parmi ses propres troupes, il se murmurait qu’HPN signifiait « Henri-Prince-Noir »…

parmi ses opposants, c’était plutôt « Henri-Pipeau-Narcisse »…

entre-temps, HPN s’était marié… à 30 ans, il avait déniché 1 jeune vierge de la haute bourgeoisie qui convenait bien à son standing… & ce qui ne gâchait rien, elle avait 1 partie-cul du tonnerre !

en bonne épouse disciplinée, elle lui pondit 2 gosses dès les 3 premières années… tout ça faisait bien sur les couvertures des magazines people qu’il affectionnait…

comme dit Al Cove -1 type plus que bien informé qui connaît tous les secrets, ça, c’est la partie émergée de l’iceberg…

parce que la belle commença à s’emmerder franchement… les nurses s’occupaient des mômes, la cuisinière faisait les courses & à bouffer, la bonne faisait le ménage… restait le chauffeur… qui la chauffait terriblement… & qui finit par la réchauffer agréablement… le syndrome Lady Di…

HPN était toujours absent : sa carrière avant tout…

finalement ce devint 1 mariage pour la galerie… la belle Anaïs –née de la Franchemotte- avait pris le pli… mais discrètement… ses parties de jambe en l’air avaient lieu en général à l’étranger, avec des partenaires de son milieu social, car sa mère –à laquelle elle avait fini par se confier- l’avait sermonnée : couche, si tu ne peux t’en empêcher, ma fille, mais ne te déclasse pas !…

la suite demain !

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Lundi 23 avril 2007
publié dans : Feuilleton LA CHUTE

il entra à HEC où sa tournure d’esprit dérangea peu… là-bas il se sentit comme chez lui, le temps des études…

il ne fréquentait que très peu sa famille… les idées qui y circulaient le hérissaient… malgré le ramollissement du P.S., ses parents y restaient fidèles depuis le congrès d’Epinay en 1971, sa sœur séduite à 12 ans par le discours de René Dumont en 1974 (le seul qu’elle ait trouvé sensé & réaliste) se sentait plutôt pencher vers 1 extrême-gauche mâtinée d’écologie… les repas familiaux étaient devenus de telles engueulades, car il tenait à les convaincre de rejoindre des idées « modernes », c’est-à-dire remettant en cause tout ce que la classe populaire avait gagné en 1 siècle & demi de luttes & de souffrances, que ça tournait à l’aigre systématiquement…

chez les chômeurs il ne voyait que des feignants

chez les mal payés il ne voyait que des incapables

chez les allocataires de toutes sortes il ne voyait que des assistés

chez les salariés il ne voyait que des peureux qui ne prennent aucun risque

chez les fonctionnaires il ne voyait que des bouches inutiles à nourrir

les cadres supérieurs trouvaient grâce à ses yeux

les patrons de grandes entreprises étaient des « chevaliers d’industrie »

l’O.M.C. était sa religion, la Bourse était son dieu, & le CAC 40 était son prophète

il adhéra aux « jeunesses » d’1 parti politique de droite à 22 ans, en même temps qu’il devint le second d’1 directeur financier d’1 grosse boite de machines-outils…

il sut montrer ses capacités en préparant dès le début des années 80, 1 vaste plan de licenciements & de délocalisation en Espagne (à l’époque, on n’envisageait pas du tout les pays d’Europe centrale ni la Chine)

la virulence de ses prises de position, & la conviction qu’il y mettait, le firent remarquer au sein de son parti… il devint le suppléant d’1 vieux député qui lui promit de lui laisser la place le jour où il prendrait sa retraite…

entre-temps, il était devenu directeur général de la filiale espagnole qu’il avait contribué à créer…

être suppléant ne lui convenait guère, à vrai dire… il entama en sous-main 1 campagne discrète dans son parti pour ternir l’image de son mentor… il convainquit certains élus locaux de lui accorder leur soutien en leur promettant de renvoyer l’ascenseur mieux que ça n’avait été fait auparavant… en ratissant le terrain que son député ne visitait plus guère qu’en période électorale, il se créa 1 réseau de personnalités guidées par leur propre intérêt bien compris… aux législatives suivantes, le vieux qui pensait obtenir comme d’habitude depuis tant d’années l'investiture de son parti se trouva fort débarqué quand la tornade Henri-Pierre-Nicolas fut passée…

Henri-Pierre-Nicolas qui prit soin de choisir comme suppléant 1 type totalement transparent qui ne risquait pas de le bousculer…

la suite 1  de ces jours...

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Dimanche 22 avril 2007
publié dans : Feuilleton LA CHUTE

Henri-Pierre-Nicolas se remit très vite

en apparence

mais son comportement changea… il devint calculateur… combien de fois avait-il mis le couvert cette semaine ? & sa sœur ? & ses parents ?… pourquoi n’avait-il pas d’argent de poche comme certains de ses copains ?… ses parents avaient-ils dépensé autant pour son noël que pour celui de sa sœur ?… tout y passait… ses parents ne le reconnaissaient plus… son institutrice non plus… à l’école, il exigeait des notes pour tout ce qu’il produisait, il voulait 1 classement à chaque fin de mois entre ses camarades & lui… il réclamait des bons points, des images… dans la cour, il devint mauvais joueur aux billes & discutait chaque bille… chez le boulanger, il voulut négocier le prix de la baguette de pain… il du sortir les mains vides & au galop ce jour là : la boulangère vexée & furieuse avait fait le tour de sa caisse pour le poursuivre jusqu’à la porte de son commerce…

d’1 certain point de vue, tout ne fut pas négatif : année après année il devint le meilleur élève des classes qu’il traversait comme 1 fusée… sur cette lancée, il arriva au bac comme 1 missile & l’obtint à l’âge de 15 ans… ça n’était pas 1 record, mais ça fit tout de même la une des journaux qu’il conserva avec soin dans ce qu’il appelait son « dossier personnel »…

dans cette chemise cartonnée qu’il subtilisa dans le bureau de son père, il commença d’amasser tout ce qui le concernait :

- photos de lui

- images & bons points

- relevés de notes…

le dossier s’enrichit avec les années… il classa par thème donc dans des sous-chemises :

- d’abord par année

- puis il modifia, & choisit le classement suivant qui ne devait + changer : « photos me concernant », « articles de presse me concernant », « dossier sur mes adversaires » (celui-ci se subdivisant à son tour en sous-dossiers), « projets en cours », « relevés de notes », « diplômes », « CV », puis plus tard s’ajoutèrent : « relevés bancaires », « relevés de titres »…

la suite demain !

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Samedi 21 avril 2007
publié dans : Feuilleton LA CHUTE

tout a commencé par 1 chute de vélo… 1 satanée chute de vélo…

jusqu’à ses 6 ans révolus, Henri-Pierre-Nicolas avait été 1 petit garçon tout à fait ordinaire...

c’est-à-dire ni plus bête, ni plus brillant que la moyenne… pas plus agité, pas moins joueur… gentil, aimable…  prenant modérément soin de sa petite sœur Jeanne-Armelle qui avait 2 ans de moins… relativement indifférent aux petits tracas qu’elle pouvait avoir, mais pas jaloux comme le sont certains aînés avec leur cadet…

il mettait le couvert pour le repas du soir, il se brossait les dents 2 fois par jour, il ne suçait plus son pouce depuis longtemps…

il aimait ses parents, il aimait ses grands-parents qui étaient encore tous en vie…

parfois, pour les vacances, la famille se réunissait dans 1 grande maison de famille à la campagne : les aïeux, les oncles, tantes, cousins, cousines… pendant 2 semaines d’été, ça semblait être la fête tous les jours… les grandes tablées, les balades, les jeux…

il avait des copains à l’école, les rencontrait peu en dehors…

R.A.S.

tout changea le jour anniversaire de ses 6 ans…

1 bonne partie de la famille était réunie pour la circonstance dans l’appartement de ses parents, situé au 2e étage d’1 petite résidence d’1 banlieue cossue…

c’était au mois de juin…

il faisait beau, & les cadeaux d’anniversaire avaient été entreposés sur le large balcon qui donnait sur le petit parc de la résidence…

quand arriva le moment de découvrir les cadeaux, Henri-Pierre-Nicolas repéra tout de suite le vélo… 1 vétété qui lui parut de toute beauté… il se vit immédiatement en train de sauter les trottoirs, lever au ciel la roue avant, faire des dérapages avec la roue arrière…

Papa dû descendre sans attendre le vétété au bas de l’immeuble…

Henri-Pierre-Nicolas commença à circuler sur la petite allée cimentée qui faisait le tour de la pelouse bien entretenue…

oubliant qu’il n’avait jamais fait ça qu’en imagination, il donna 1 coup de rein pour basculer la roue avant vers le balcon où la famille réunie lui faisait coucou…

tout arriva tellement vite

le vélo se retourna complètement

Henri-Pierre-Nicolas cogna de la tête sur le ciment & perdit connaissance…

il se réveilla à la clinique, la tête entourée de bandages…

ses parents avaient été rassurés : les radios indiquaient qu’il n’y avait ni fracture, ni caillot de sang

mais au fond de lui, Henri-Pierre-Nicolas n’était plus le même…

quelque chose avait été modifié, d’invisible… & dans ses yeux brillait 1 lueur inaccoutumée…

la suite 1  de ces jours...

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