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"En fait, je trouve que d'une manière globale, et tout bien considéré, l'univers est trop sérieux."
Dick Shaver

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Dimanche 24 février 2008
publié dans : Feuilleton UNIVERS PARALLÈLES

je remanie le "feuilleton" provisoirement intitulé UNIVERS PARALLELES
voici l'épisode n° 1 inédit...

 

- voulez-vous mourir ?…
je le regarde sans répondre… ce qu’il me demande est inutile… il sait ce que j’attends de lui
- je veux dire : souhaitez-vous réellement mourir ?… disparaître aux yeux de tous ceux que vous avez connus… famille… amis… collègues… relations d’affaires… le serveur du café où vous avez vos habitudes… la marchande de cigarettes… ?
- bien sûr ! je sais tout ça ! je vous ai déjà dit oui !… faites-moi votre injection qu’on en finisse !
il appelle l’infirmière qui entre & commence à préparer sa seringue
pendant qu’elle fait sa petite cuisine je relève ma manche de chemise & lui continue de parler… plus pour lui-même j’ai l’impression…
- que savons-nous de la mort ? 1 arrêt des fonctions vitales puis plus rien ?… le néant ?… 1 autre genre d’existence ? éthérée ?… 1 voyage immobile d’âmes libérées du fardeau de la chair ?… l’impuissance généralisée ?… Paradis ? Enfer ?… souffrance ? pas souffrance ?… ce qui donne sens à nos vies ou bien au contraire ce qui leur enlève tout sens ?… j’ai tendance à penser que c’est le summum de notre vanité… puisque nous serions la seule espèce à savoir que nous allons mourir…
- écoutez : je n’ai rien à faire de votre philosophie de comptoir !… vous me servez… je vous sers ! alors ne perdons plus de temps !…
- bon bon… ne bougez plus s’il vous plaît… que nous puissions brancher les électrodes sur votre crâne… vous savez que quand l’injection sera faite vous perdrez conscience immédiatement ?
- bien sûr ! allez ! je n’ai plus rien à faire sur cette terre !… plus de femme ! plus de boulot ! fauché comme les blés ! même plus le respect de moi-même !… alors VITE !
j’avais choisi cette société de la « mort légale » au hasard dans l’annuaire parmi 50 autres… leurs tarifs n’étaient pas les plus élevés… mais je ne pensais pas qu’on me ferait ainsi laïus sur laïus ! l’économie réalisée –argument qui a son poids pour moi- compense à peine ce qu’il faut endurer de blabla…
ceux d’en bas… nous sommes des milliers chaque année sur la planète à nous rendre ainsi dans l’1 de ces officines pour en finir avec cette vie minable que nous permet à peine cette Terre appauvrie… desséchée… aux ressources épuisées… il n’y a plus grand chose à produire ni à consommer… aussi la plupart des humains est-elle 1 masse de chômeurs affamés errant dans des villes surpeuplées… aigris… ceux qui ont encore quelques économies les rassemblent pour payer leur mort… & aujourd’hui… c’est mon tour…
en fait je n’ai pas vraiment de reproche à faire à cette société : leurs locaux sont même accueillants… je m’attendais à ce qu’ils soient aussi peu accueillants qu’1 morgue… eh bien pas du tout : des jeunes gens aux visages avenants nous accueillent derrière des bureaux individuels… pas derrière 1 comptoir… on voit que eux ils mangent à leur faim… mais c’est peut-être nécessaire pour leur fonction d’accueil ? ou bien est-ce parce qu’on les choisit assez jeunes pour qu’ils ne soient pas encore trop marqués par les privations ?… la décoration du hall d’accueil a des tons chauds… on y remplit tous les formulaires légaux attestant de notre identité & de notre décision de mourir… ensuite nous sommes conduits par celle ou celui qui nous a aidé à remplir les papiers vers 1 salle d’attente : plantes vertes & fauteuils confortables… je me souviens m’être dit que si j’avais pu vivre dans ce confort jamais je n’aurais pris cette décision !… d’autres... hommes... femmes... tous le regard fixe... semblables à moi... sont assis dans ces fauteuils sans savoir quelle posture adopter... on attend l’appel de notre nom...
& voilà comment je me retrouve allongé là... je n’ai pas l’impression que mon cœur batte plus vite que d’habitude... j’ai trop envie d’en finir...
mon bras droit est allongé dans 1 gouttière avec 1 élastique serré au-dessus de la pliure du coude… la jeune femme me sourit & insère en douceur l’aiguille… je sens à peine la piqure…
je me sens en paix… je vais enfin être débarrassé de
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Vendredi 21 septembre 2007
publié dans : Feuilleton UNIVERS PARALLÈLES

un enfant pleurait dans la rue… inconsolable... sa mère le tirait en avant… il ne voulait pas suivre… contrastant avec la matinée humide et froide l’après-midi était chaude… l’appartement sentait le tabac froid & le café… c’était une étuve malgré l’obscurité & le mince filet d’air qui passait entre les rideaux qui frémissaient à peine

des gouttes d’eau perlaient aux pointes des larges feuilles vertes marbrées de blanc de la plante verte accrochée en suspension au plafond dans un coin de la pièce

il était allongé à poil sur son lit défait... il tentait en vain de se réveiller… une courte sieste ne lui avait pas réussi... il écoutait vaguement la radio qui était resté allumée... l’air des villes était pollué… l’eau de certaines plages était marron… ailleurs elle était radioactive... le Président devait faire 1 discours évidemment diffusé sur toutes les radios & tévés… le pays entier était paralysé par les marches des chômeurs qui se rassemblaient de ville en ville pour confluer vers Paris & l’armée commençait à se mettre en place autour de la capitale… foutue époque 

il est vrai que depuis les déclarations à la con de nos quelques ministres en mal de reconnaissance pas mal de pays nous tombent dessus à bras raccourcis… les propos belliqueux du brushing soi-disant en charge des Affaires (qui hélas lui sont) Étrangères ont réactivé les groupes dormants terroristes sur le territoire… & l’Iran n’est pas mécontent de les stimuler… la déclaration de « faillite » de la France par le soi-disant 1er ministre reste 1 histoire corse qui ne fit rire que les dirigeants étrangers… mais les marchés financiers n’apprécièrent pas… & voilà que d’1 faux problème qui n’était qu’idéologique on a fait 1 réel problème puisque plus personne ne mise 1 euro sur nous…

notre bien-aimé Président a donc pris en main directement la direction des armées compte tenu du nombre d’incompétents qu’ils a recruté dans son gouvernement afin que personne ne lui fasse d’ombre (c’est pour cela qu’aucun ne dépasse 1m70)…
le couvre-feu a été mis en place hier… on ne peut sortir s’approvisionner que 2 heures par jour… & encore : le rationnement va être mis en place… le fichage génétique de la population étrangère permet d’ailleurs de ne rien leur donner…
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Samedi 19 mai 2007
publié dans : Feuilleton UNIVERS PARALLÈLES

UNIVERS PARALLELES (1)

UNIVERS PARALLELES (2)

c’est un paysage parcouru par le Vent… depuis des millénaires le Vent circule de façon continue…
il ne va pas par rafales… il est permanent… il est là depuis toujours
le Vent est imprévisible… il change de direction… parfois… sans prévenir… on ne sait jamais quand … ça prend comme ça : d’un coup
il ne tourbillonne pas pour vous rendre fou… non… il va dans une direction pendant un certain temps : des jours… des semaines… & subitement il tourne
& même parfois s’inverse totalement… & avec la même force part dans une autre direction
on ne sent qu’au tout dernier moment que cela va se produire : il s’arrête comme pour se donner le temps de réfléchir… trois secondes… quatre au maximum… & il repart dans une nouvelle direction exactement avec la même force… immédiatement
le Vent est invisible… impossible de le voir : le Vent n’a pas de forme… pas de couleur… pas d’épaisseur… & pourtant on sait qu’il est là… on sent sa présence… on peut l’entendre
le Vent est indescriptible... on ne peut le voir souffler mais on voit sur quoi il souffle… & partout on peut voir son action : il a modelé le Pays du Vent
le vent use tout… il a érodé les montagnes qui ne sont plus que des collines arrondies... si les éléphants existaient au Pays du Vent on dirait que de loin les montagnes ressemblent à une succession de dos d’éléphants ... en se rapprochant on verrait qu’elles sont creusées par le sable que le Vent emporte depuis des siècles… & cela fait comme des milliers d’yeux vides qui ne regardent plus rien
le Pays du Vent est avant tout un pays de sable... le Vent a tout effacé grâce au sable... voici très longtemps… il y a eu des mers… des lacs… mais le Vent a soulevé les eaux qui ne sont plus jamais revenues… il n’est resté que le sable… & les montagnes… qui s’amenuisent
pas d’eau au Pays du Vent… rien qui permette à la vie de subsister
mais alors ?
quelles sont ces silhouettes que l’on peut distinguer ? courbées contre le Vent ?
on sait bien qu’on ne peut vivre… ni même survivre ici
si on regarde bien l’un d’eux disparaît… ou bien un autre apparaît… de temps à autres…
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Mardi 15 mai 2007
publié dans : Feuilleton UNIVERS PARALLÈLES

ce matin ça avait encore changé… il semble que tout soit organisé en cités ouvrières… les façades de briques noircies s’alignent sur des kilomètres le long d’1 rue unique conduisant vars l’usine qui crache ses fumées… jour & nuit il y a le bruit des hauts-fourneaux… le sommeil est court & difficile… le soir on se jette épuisé sur le lit & quand la sirène de l’usine se déclenche pour appeler les équipes de jour on a l’impression qu’on vient juste de s’allonger… au-delà il y a des champs & au milieu de la verdure il y a le château… ceint d’1 haut mur… nous n’avons pas le droit de nous en approcher… je commence à avoir 1 théorie : la planète change afin que nous n’ayons pas le temps de nous habituer & de commencer à pouvoir communiquer entre nous…

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Samedi 12 mai 2007
publié dans : Feuilleton UNIVERS PARALLÈLES
des mares glaireuses aux bois humides cette planète est pourrie… ça fait maintenant 2 jours que tout s’est brutalement métamorphosé & pas en mieux… végétaux marrons pierres grisâtres boues noirâtres… tout donne l’air d’avoir été inondé & pas encore vidangé… l’air lui-même semble être 1 copie du brouillard londonien des années 1900… jaune… gras… lourd… les gens croisés ont 1 allure simiesque… ils marchent voûtés… les bras ballants… en se dandinant 1 peu… quand j’essaie de leur parler ils haussent des épaules & grognent… les rues des villes ne sont plus rectilignes : elles serpentent… elles ont presque l’air vivantes… les chaussées & les trottoirs luisants commandent à nos pas… vers des lieux improbables de corvées que l’on accomplit en échange d’1 infâme brouet… la semaine dernière c’était pas mieux… dans 1 autre genre… grattes-ciel aux parois de verre de béton & d’acier fuyant au-delà d’1 ciel métallique… tout était récuré électrifié survitaminé… la masse laborieuse semblait charger au pas de course vers des bureaux en activité 24 heures sur 24… pas 1 mégot ou 1 chouinegomme au sol… des caméras tous les 10 mètres & des haut-parleurs pour donner les consignes du jour ou interpeller les Dèv… impossible de se parler…
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