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"En fait, je trouve que d'une manière globale, et tout bien considéré, l'univers est trop sérieux."
Dick Shaver

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Lundi 31 décembre 2007
publié dans : Tous à l'Elysée
nous avons reconstitué pour vous la fameuse expérience de Georges Mélies datant de 1901 (l'homme à la tête de caoutchouc)
M--lies-Homme-T--te-Caoutchouc.jpg
nous avons retrouvé le matériel... les notes de son assistant & tout & tout...
& en 2007 voici ce que ça a donné :
l'homme à la tête qui enfle....

M--lies-Sarko-T--te-Caoutchouc.jpg
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Samedi 29 décembre 2007
publié dans : Des nouvelles de Pluton...
c'est 1 merveilleuse journée qui commence
Prisonnier3-copie-2.jpg
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Dimanche 23 décembre 2007
publié dans : Références
Julien Gracq qui vient de mourir

            j’étais revenu à la maison de vacances avec les presque introuvables Paris est une fête de Hemingway & Liberté grande de Gracq
dans le chant énervé des cigales je m’étais installé au soleil près de la piscine… dans le désert du ciel bleu… à l’ombre fraîche des grands arbres… à cette heure chaude de l’après-midi où les oiseaux sont silencieux… je me souviens… un écureuil qui faisait du raffut dans l’arbre au-dessus de moi s’avança jusqu’au bout d’une branche à deux mètres de moi pas plus… & je me gardai bien de bouger
mes mômes qui jouaient au bord de la piscine
ma femme qui dormait ou feignait de dormir sur une chaise longue… ma femme qui ne me parlait plus depuis le déjeuner… depuis que je n’avais pu lui offrir Ce-Collier-En-Vitrine… ma femme aux yeux de verre fumé… ma femme dont je ne voyais déjà plus les yeux & qui ne me regardait peut-être même plus ?
aucun d’eux ne pouvait voir
& ça n’était plus mon fils qui avait sept ans dans la maison de vacances c’était moi… & je sentais l’odeur du café que ma mère faisait réchauffer dans une casserole sur la gazinière au butane
odeur de butane odeur de vacances
& l’odeur des pommes de pin aussi
& des herbes sèches
mon père suivait à la radio les étapes du Tour de France comme je le ferai trente ans plus tard en souvenir de lui… l’odeur du café que ma mère faisait réchauffer dans une casserole sur la gazinière au butane… mon père suivait à la radio les étapes du Tour de France comme je le ferai trente ans plus tard en souvenir de lui mais ça ne le ferai pas revenir… & le lézard vert courait & mon père nous montrait à mon frère & à moi comment l’attraper
on repère les lézards comme on repère les écureuils
pas en cherchant un lézard mais
en guettant le moindre mouvement sur un mur un arbre une pierre… c’est dans un deuxième temps - presqu’immédiatement - qu’il s’agit d’identifier la source du mouvement
on ne peut pas être plus rapide que le lézard mais on peut être aussi immobile que le mur… que l’arbre… que la pierre
c’est la seule façon
mais ça ne ferait pas revenir mon père
ni mes sept ans

Liberté grande
Insérer un canif dont je ne me sers que pour couper les pages
Biberonner un Lusitania de Partagas puisque j’avais tout le temps
Et une boite d’allumettes
Rafler un cendrier propre
Tordre en deux un petit carnet pour prendre des notes
Enfin mon vieux porte-mine Waterman
 
            une fois le cigare préparé & enflammé j’ouvris le petit canif bien affûté & commençai à couper soigneusement… avec le soleil accablant pesant sur ma nuque & mes épaules… je commençai à couper soigneusement les petits cahiers reliés par un fil… le livre posé à plat sur la table… cigare en bouche pour quelques bouffées… les yeux plissés sous la lumière éclatante réverbérée par les pierres blanches de la terrasse
 
            selon les intervalles de la découpe des bribes de phrases venaient à mes yeux… & déjà survenait l’envie d’écrire… parce que Gracq fait partie des vrais écrivains : ceux qui suggèrent… qui donnent à penser… un écrivain exigeant pour lecteur exigeant…

extrait du roman "Le Polar Se Nique"

Gracq1.jpg
Gracq2.jpg
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Samedi 22 décembre 2007
publié dans : POÈMES & ROMANS
les gens sont tellement mal dans leur peau qu’ils ne savent plus à quoi la faire ressembler… mais les gens ne sont pas petits ! ON les rapetisse… on les guide vers des kilomètres de jeux télévisés débilo-dégradants… des feuilletons de merde & des heures entières de publicité… voyons ça… avant des magazines de voyeurisme collectif sur des princesses à la gomme qu’on veut nous faire prendre pour des reines de beauté doublées de saintes… voyons ça… sur une grosse mémère alcoolique en Gébé qui fête son centenaire en vivant à découvert sur le budget de l’état & qui se croit encore au 19ème siècle dans la splendeur de l’empire britannique & de ses colonies de pauvres qui veulent être indépendants… voyons ça… sur des cinglés qui s’humilient en direct… voyons ça… monsieur & madame CHIENCHIEN fêtent leurs nonoces d’or… voyons ça… des chaînes télévisées privées se régalent à balancer des scandales sur les finances publiques pour faire oublier les gigantesques magouilles qui leur permettent d’exister… voyons ça
l’objet odieuvisuel… les naïfs le prenaient à l’origine pour un instrument de démocratie… c’est qu’une grande lessiveuse à cerveaux dévoreuse de milliards d’euros pour chier en diarrhée des programmes 24 heures sur 24… qu’est-ce qu’une émission récurrente ? c’est une émission à chier qu’il faut vite récurer 

 
machine à crétiniser machine à décerveler les mous dévots… faut-il vraiment diffuser des programmes 24 heures sur 24 pour que ça soit ça ? radio ou tévé c’est celui qui finance qui choisit le programme… & au bout du zapping y’a le centre commercial parking boite à hamburgers boite à pizzas pompes fringues distributeurs de billets encore un vrai p’tit paradis lobotomisés du soir bonsoir
faux modernisme du tout-publicitaire… du tout-consommation… de la soumission éperdue à cette poussée en avant en aveugle…
mais le vrai modernisme émerge dans des valeurs qui poussent opiniâtrement malgré le béton du Grand-Marché-Mondial… malgré les couches anti-fuites & le tout-nucléaire… malgré les profits qui enflent & circulent à vitesse électronique… car des gens… encore des gens !… disent écologie… des gens disent commerce équitable… des gens disent échange de loyaux services… & on en parle de plus en plus… un jour ce sera à la mode… va savoir ce que j’en dirai alors
je suis impatient de savoir ce qu’en diront les accros à la mode quand la mode aura changé une fois de plus ?
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Vendredi 21 décembre 2007
publié dans : Des nouvelles de Pluton...
 
         En quelque coin écarté de l’univers répandu dans le flamboiement d’innombrables systèmes solaires, il y eut une fois une étoile sur laquelle des animaux intelligents inventèrent la connaissance. Ce fut la minute la plus arrogante et la plus mensongère de l’« histoire universelle » : mais ce ne fut qu’une minute. A peine quelques soupirs de la nature et l’étoile se congela, les animaux intelligents durent mourir.
F. Nietzsche Le livre du philosophe III-I


& puis ce fut à notre tour de jouer...

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Vendredi 14 décembre 2007
publié dans : Le Livre de l'Obscur
derrière le rideau le vieil homme entendit des voix… surpris il releva la tête... avec flegme il se mit debout... intrigué
par la fenêtre il voyait la neige tomber en 1 valse triste & glacée
qui par ce temps s'aventurerait dans ce coin perdu ?
1 violon pleurait… surgi de nulle part
il marcha d'1 pas lourd jusqu'à la cuisine… cette anomalie le tourmentait… il ouvrit la porte en grand & appela... seul le vent lui répondit en s'engouffrant dans la pièce chaude... quelques flocons de neige voletèrent à l'intérieur & fondirent immédiatement sur le sol
il referma la porte… silencieux & engourdi
à nouveau plongé dans la chaleur paisible il frissonna malgré tout
le froid était entré
soudainement très las le dos voûté il retourna à son bureau
il ne serait plus en repos
il perçut de nouveau les voix qui semblaient provenir du dehors
les bûches crépitaient… l'odeur du bois emplissait la pièce
des voix aux inflexions les plus diverses… celles d'une foule en pleine activité… des gens riant & s'interpellant… résonances fantastiques d'1 invraisemblable fête foraine… échos angoissants d'une impossible réalité
il resta debout… pétrifié au centre d'un monde qu'il n'habitait plus… subitement en rupture de monde
nul meuble nul objet ne s'attacha plus à sa reconnaissance
l'étrangeté du fait lui jaillit à la face... il frémit comme sous le coup d'une décharge électrique... ces voix... CES VOIX ! par moment il croyait en tenir 1… la reconnaître… mais dès qu'il tentait de la suivre elle lui échappait… replongeant dans le flot… & 1 autre prenait la place
égaré… trébuchant… il alla prendre 1 veste & sortit… l'esprit en déroute
la porte claqua derrière lui
il ne s'en aperçut pas
1 fois de plain-pied dans la tempête de neige… le corps ballotté il eut froid… mais il commença à s'éloigner de la maison... il fuyait… croyant entendre les voix l'apostropher & rire de plus belle… rire de lui... elles étaient derrière… elles étaient devant… qui l'entraînaient… le poussaient… insaisissables
pris dans la tourmente il se rendit compte qu'il n'entendait plus les voix… & leur absence était comme une réponse inquiète à la question qu'il n'avait pas conscience de se poser
le monde était sens dessus dessous… uniformément gris dans cette nuit qui n'en était pas une… sans aucune direction… des murs... tout autour de lui... l'air congelé… presque palpable... il s'imagina qu'il errait dans le petit globe qu'Anna avait 1 jour acheté… qui représentait 1 tranquille paysage alpestre… lorsqu'on l'agitait de la neige semblait surgir & recouvrir doucement le petit décor... désormais c'était l'enfer
pris au piège dans le jouet… incapable de s'orienter… c'était lui maintenant qui appelait… mais personne n'était là pour l'entendre & le secourir
titubant & s'enfonçant dans la neige… chaque pas devenant plus pénible que le précédent… avec le poids infernal du monde sur ses épaules il avançait, dans 1 espace minéral... enfoncer 1 jambe jusqu'à mi-cuisse… sortir l'autre en 1 temps interminablement long comme si jamais il ne devait y parvenir… & la replonger devant… ressortir la 1ère & recommencer
dans ce silence terrible qui s'était abattu sur le monde la neige chantait en descendant paresseusement du ciel invisible
PERDU explosa dans sa conscience & crépita comme une rafale de mitraillette
foudroyante & irrésistible… c'était la chute
comme c'est étrange... murmura le jeune homme
que dis-tu ? demanda Anna somnolente
comme c'est étrange... pensa l'homme jeune
la femme qui dormait près de lui s'agita dans son sommeil
comme c'est étrange... réfléchit l'homme
seuls les bruits curieusement assourdis de la rue semblèrent se joindre à lui
comme c'est étrange... réalisa l'homme encore
cette fois, rien ne répondit
il était SEUL
le bruit des rafales de vent n'était que bruit de rafales de vent
les tourbillons de neige n'étaient que projections de tourbillons de neige
il n'y avait plus rien
le Temps ne passait plus… il se mouvait dans 1 vide obscur
comme c'est étrange... se dit le cosmonaute flottant dans l'éther… mais si la radio transmit le message à la Terre il n'y avait plus personne pour une quelconque réponse
comme c'est étrange... se dit le supplicié sur la croix… il geignit… perdu dans son inconscience… mais la foule n'entendit pas
comme c'est étrange... se dit le libérateur devant le tyran gisant sur le sol… l’1 comme l’autre aussi froids que le sol
comme c'est étrange... se dit Hamlet en détachant chaque syllabe… brisé par 1 morne désespoir vaguement étonné
comme c'est étrange... se dit Spartacus dressé au milieu de l'arène… déplaçant ses pieds… tournant lentement & dévisageant toute l'assistance clamant & gesticulant derrière le voile
ahaaa... apprécia sourdement Dedalus... Orphée lui se taisait
quel goût étrange... dit Socrate les yeux fermés en reposant la coupe vide
comme c'est étrange... murmura 1 dernière fois l'Homme avant que la lune indigo ne bascule dans le TEMPS immobile
tout à coup les lettres du mot
R                F              G
                        E         U                    E
s'assemblèrent & se mirent à briller… à danser devant ses yeux rougis... il tendit les bras en avant... il voulut hurler… 1 grondement inarticulé fut tout ce qu'il réussit à produire... pleurant de rage il se débattait spasmodiquement dans la neige qui s'amoncelait autour de lui... le froid lui brûlait les entrailles… lui rongeait le ventre
il ne pensait plus… 1 seule idée émergeait de l'esprit à l'abandon : échapper ! échapper ! ÉCHAPPER…
& les lettres brillaient plus fort… dansaient de plus belle… faisant miroiter son salut & le jouant peut-être à pile ou face… en 1 attitude dérisoire il tendait le cou pour être plus près plus vite
1 silhouette lumineuse se tenait à l'entrée… accueillante
ANNA !
le nom fulgura & son esprit se désagrégea
elle ouvrait ses bras… l'invitant muettement à entrer là où il faisait chaud… là où elle serait
se battant contre la neige avec des gestes désordonnés des 2 bras il gagnait centimètre après centimètre… aveugle grelottant
le rideau de neige masqua la vision qui disparut à son regard halluciné… il chut en tournoyant dans l'air devenu masse molle de cristal opaque
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Samedi 8 décembre 2007
publié dans : POÈMES & ROMANS

sous-titre :

Noël aux horions, Pâques aux moignons

 

Qu’est-ce que l’univers sinon un paquet de vagues ? il flotte toujours que ça en s’rait un ravissement si j’étais grenouille… coac’j’en pense !
1 temps à aller pêcher Moby Dick
1 temps à aller connaître le vrai nom du Kraken
1 temps à tout pour 1 bon à rien…
okay j’ai encore plus besoin d’1 verre maintenant…
je retourne vers le pub
peu de monde à cette heure… mais celle de l’apéro approche… la première vague anisée ne va pas tarder à se briser sur la plage en zinc…
1 des rares & beaux débits encore avec miroir au mur de chaque côté boubouteilles retournées avec leurs boubouchons verseurs… dans le temps on n’entendait que du jazz ici… maintenant il arrive que ce soit du rap en fond sonore… musique pour notre temps urbain oscillant entre aveuglement & déracinement… les temps changent mais pas le whisky écossais
il fait plus chaud que dehors… chacun entre & marque le sol de ses empreintes gadoueuses… des petites flaques par terre… l’humidité se mélange à la fumée des cigarettes & ça colle aux vitres… d’ici on ignore ce qui se passe ailleurs… 1 atmosphère poisseuse… ça fait hammam… tout de suite je suis en eau & j’ai la goutte au nez… j’ôte mon chapeau & le pose sur le tabouret d’à côté
mon cul chat perché
mes coudes sur le comptoir
le barman connaît mon choix
il pose mon verre sur 1 petite serviette en papier
mon verre ce héraut au soupir si doux
dedans le liquide repose
ses arômes lourds me flattent le nez
le verre taillé multiplie les lumières
mon verre au démon qui a réjoui ma jeunesse
moi dans la glace comme figé
depuis 1000 ans
l’envie de pisser c’est irrésistible comme de voir de la beauté là où il y a du désir & ça passe aussi vite pour les chiottes à la turque pas besoin de pisse-droit
j’arrose abondamment la marche turque en sifflotant du Dave Brubeck & je sors mon feutre bleu pour ajouter aux graffitis la pensée du jour
Passants :
Pensez
Ne vous laissez pas acculer !
1 dernier pour la route bien tassé… qu’il me rentre la tête dans les épaules qu’il plie mon échine qu’il me colle 1 idée fixe 1 seule : la route à suivre… est-ce qu’1 dernier suffira ?…
l’en faudrait peut-être 1 autre après le dernier ? qui me tassera le cul au fond du siège & me collera les yeux au pare-brise pour éviter de regarder le rétroviseur…
décidément on ne peut être bien dans ses pompes dans un monde à la con : on est cerné par les cons ! mais mes cons à moi ont tendance à me les briser plus souvent qu’à mon tour…
sur mon saint siège apostolique j’en suis encore à me demander si la blonde en face mérite ou non d’aller à confesse quand 1 mec a envie de me chercher des crosses...
dis donc le rigolo… tu sais que ta tête me r’vient pas ?…
désolé mon vieux ça fait trop longtemps qu’elle est plus sous garantie… je changerai plus…
mais moi je vais te la refaire !…
qu’est-ce qui se passe bonhomme ? tu viens de trop forcer sur les hormones ou t’as reçu une paire de couilles en avance sur ton Noël ?
sans répondre il m’envoie 1 poing dans la figure… mais à cette vitesse une vache aurait le temps de le regarder passer !
j’ai toujours mon verre à la main je lui écrase sur le pif
il tombe à genoux en gueulant les mains sur le visage ensanglanté
je pose mon dernier biffeton sur le comptoir & je dis au barman c’est moi qui lui offre 1 verre !
je prends ma veste & je sors
faut jamais négliger ni la 1ère phrase ni la dernière… parole d’auteur
dehors Paris…
dégueulasse comme un avant-goût de semaine de Noël
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