... les marteaux cascadecascadent ma vertu et les cordes, et le piano frémit. Frrrrr... (je suis le piano qui frémit comme Mirella)... Mirella, Mirella... Tou mi Rella... Mes pieds commencent à taper la mesure... Elle gueule. Tant pis de vache pour elle, elle est là pour CA la salope !Hey man ! Regarde ce type ce qu'il fait avec ses petonpetons ! Les lumières sont à misées, bonne ambiance... On ne distingue plus très bien... Est-ce à cause de la fumée des 6 garettes des 7 samouraïs et de ma pipe... Ou est-ce dû aux verres d'alcools divers renouvelés avec soin par le ci serveur si serviable qui compte sur son pour-boire (lui aussi ?) ? On est dans le quartier de Perdidiperdodo. La trompette se lance, qui se tortille et s'accouple avec le saxo ténor. Avec le saxo ténor : c'est du joli ! J'suis bien là... C'est le mi-lieu de la mi-nuit... Déjà tout près du Panthéon, Sam Woodyard tapote ses peaux d’une main simulant le galapogalapogalapo d’un cheval et attrape son verre de l’autre, les yeux dans le vague, légende vivante, espèce en voie d’extinction, de distinction. Hélas, hélas, hélas. Un jour il restera nos disques et nos souvenirs, et moi je pourrai dire je l’ai vu, mais j’en ai vu moins que j’n’en ai raté... Hélas, hélas, hélas. Son bloody mary bien dosé en vodka l’attend sur la table ronde à portée de la main droite. Bloody Guenièvre ! Bloody Mary ! Bloody toutes les femmes ! A Zincourt ? J’y étais ! Vive Shakespeare ! Vive l’Idiot ! Vive le Ritz ! Vive Hemingway ! Vive le Duke ! Vive Paris ! Paris est une fête ! Quand à moi, je commence à pleurnoicher, cotonneux comme un ivre ogne... Mais y’a pas de mâme Scaa’lett à embrocher comme une oie blanche dans ses cotonneuses draperies usagées-défraîchies (ne m’dîtes pas les mecs que vous n’y avez pas pensé, retroussée jambes en l’air sur vos épaules - à l’époque les petites culottes n’existaient pas - ses transes perçants yeux verts vous regardandant la lueur des candélabres, pendant que vous dans la lumière noire de votre projection cinématographispermificale vous la chevauchant derrière les écuries rêviez hennissant de lui projeter votre grosse pipine de collabo humanistmercantile dans son mignon troudunoirpoilupetipoilu convierge de froid’petit’sudist’diabless’salop’perverse intéressée), mon sperme n’ira pas à Scaa’lett... Ma chaudechaude giclée est attendue par une autre... J’en suis sûr... Sûr comme un cador catend plus cune allumette pour embraser embrasser. Frankly my dear, Y don’t give a dam !...Dam dam dam dam... Fait la grosse caisse, une de plus et ça ferait deux grosses caisses, ahaaa frotter les caisses...
La boite devrait être fermée maintenant, mais sur le coup de deux heures a.m., d'autres musiciens U.S. sont arrivés, leurs instruments sous le bras (quel autre endroit trouver ?), pour saluer leurs potes. Un peu partis, d’une façon ou d’une autre... Arrivés, partis, hé hé... ils ont commencé à jouer avant d’ê trassis. La plupart des spectateurs ont déjà levé le camp (le camp à gnôle). Ceux qui restent - les phidèles (PH “ pour faire grec ”) - trépignent et ouiouisent comme des bêtes, emportés comme moi par la spontanéité et le swing des improvisations. Ca n’signifie rien si y’a pas le swing... Un peu E B T, j’ai besoin de prendre l'R un moment (très important le R). De trassis je me mets de bout. D’ailleurs je bande, je jazz bande, y’a pas, j’adore cette miousic... Une nuit comme celle-là y’me faut une femme dans les bras, je peux pas rentrer sans un’femme... Impossibe. Jazz, ivresse, ambiance cosy cool (pour initiés...), et en plus je bande, y’a pas... M’faut une délicieuse pour des délices qui glissent, pour des délires qui girent, pour des soupirs qui empirent, pour des zempires qui soupirent, pour pousser ce qui tire et tirer ce qui pousse, être soûl juste assez pour le panard monstre, pour labourer la femme qui laboure, pour transporter un cul qui culmine, pour défier un con qui condamne, pour condamner la raison qui m’emmerde... Et que j’emmerde. Ecoutez France Cul, la radio qui jamais ne recule, sinon comment veux-tu...
Il a plu dans la soie (d’autres y pètent). La rue est déserte. Les trottoirs et la chaussée sont humides, comme un con qui attend. Les réverbères s'y lampadairent avec difficulté. Ca fait surgir des irritations luisantes à la surface du bitume comme les papilles d’une langue de vierge à sa première pipe. A peine me parviennent les échos assourdis de la musique, mais j’entends une caravan... Deux chameaux passent en tricotant un cache-nez de leurs gambettes, je leur rotoné... J’écoute le murmure de la ville.
La fraîcheur de l'air et le silence dissipent en partie les brumes de mon esprit. Les mains dans les poches, j'avance doucement jusqu'au middle of the rue. La nuit est à moi, A moi. Le Temps s'est tiré... avec le crépuscule. Salaud ! Après quelques minutes, je m'habitue douillettement à la température nocturne qui se fait tiédeur. C'est plus qu'agréable, ça me donne la saveur de la quiétude, comme de plonger tout nu, juste avec sa bite en avant et son couteau, dans un cake aux fruits géant. C’est géant !... La mousse au chocolat c’est pas mal non plus, mais plus courant... Comme la crème chantilly... Faire du ski avec la langue sur un ventre lisse de crème chantilly, âhâââââ... C’est dans ces moments jamais perdus que j’adore les langues étrangères. Une étrangère perdue qui ne maîtrise pas la langue et que l’on recueille du bout de la queue pour la con-duire rue du Plaisir... Hâââââ... Paris est vraiment une fête ! Fête des fesses, rue de l’Odéon, numéro de premier ministre, sous-sol noctambule, comme la rue Delambre... J’aurai pu l’appeler rue Duchibre... Et toujours le jazz... Partout le jazz. Des adresses comme ça dans mes souvenirs de jeune homme bandant, z’était bandant mes années volles, quand z’allais zans retenue, zans remords, et que z’ozais zyeuter sous les zyeux d’une colombe, parce que rien que de voir deux beaux nénés prendre l’air au balcon, je me sentais provoqué, j’avais envie de proposer mon Italie...
Je reviens vers le cleub à pas lents, d’une lenteur de chenille en chaleur. Dans l'embrasure, une silhouette tranche et se découpe un instant sur la lumière intérieure, puis se fond dans la pénombre quand la porte se referme. Je m'approche de la fille qui trébuche en ratanlerebordutrottoir, et je n'ai que le temps de la rattrapehauvoldanmesbras. Elle semble s'y trouver bien... Quant à moi, je ne fait rien pour m'en détacher, mais après un temps qui me parait très court elle me remercie et me repousse gentiment. Je suis schlass et je passe sur la bienséance. Je ne me gêne pas pour la reluquer. Elle est grande, disons un mètre soixante-quinze, et les bons endroits se distinguent facilement (seins, hanches, cul, longues jambes). Elle porte un jean, et son corsage blanc sorti du pantalon flotte au niveau de ses hanches. Je lui souris. Elle me dit quelques mots dont je ne saisis pas très bien le sens (ça vous surprend ?).
Je retourne à l'intérieur, confusément émouscrastifuillé, pensant à ce parfum capicé capiteux dans cette nuit qui comportera certainement quelques uns plus ou moins prévus.
De nouveau assis peinardement, j'accepte un cigare du type qui vient d'en acheter une poignée au bar-man. Je grattegratte une allumette, la fumée âcre monte en cercles vers le plafond jauni du cleub de jazz.
Je crois que je ne suis pas en état de rentrer chez moi...
Au fait... Y'a pas une fille tout à l'heure qui m'a proposé d'aller chez elle ? Il faut que je la r’trouve pour lui d’mander si c'est sérieux ?... A la réflexion, j'ai pas envie d'être sérieux... Mais j'espère en tout cas que l'offre tient toujours !... Parce que vraiment...
Je devine une présence derrière moi. On doit être en train de me parler mais je ne comprend rien. Je plane. Je crois que je suis blindé, complètement... Hé hé... Je regarde ma montre : cinq heures a.m. Je tâte un sein ferme... Mmm !... C'est à vous ? Je demande à la belle brune qui me soutient et me guide vers la sortie. J'ai déjà dû la voir quelque part, mais où ? Elle m'annonce que c'est bien à elle et me conseille d'en garder pour plus tard.
Une fois de plus la fraîcheur de la nuit me fait du bien, relativement. J'aspire une grande bouffée d'air et m'affale sur le capot de ma bagnole pendant que la brune serviable ouvre les portières.
C'est fait. Elle s'installe derrière le volant, me tire vers l'intérieur et se penche sur moi pour fermer. Je lui caresse la croupe au passage. Cela ne la trouble pas, moi si.
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