Les généticiens britanniques pourront créer des embryons mi-humains, mi-animaux…
La Human Fertilisation and Embryology Authority (HFEA) a statué que les scientifiques auraient le droit de créer des embryons hybrides (hybrides
cytoplasmiques : « cybrids »), sources de controverse, afin d'étudier des conditions médicales débilitantes et incurables comme la maladie d'Alzheimer, la maladie de Parkinson ou
la sclérose en plaques.
Ce type de recherche, désormais autorisé par l'institution gouvernementale chargée des questions liées à la fertilité, permettra en particulier de progresser sur les
cellules souches sans puiser dans la réserve, très limitée, des ovules humains : en se servant d'ovules d'animaux.
Conformément aux lois en vigueur, les embryons ne peuvent être implantés dans un utérus et doivent être détruits au bout de quatorze jours, quand ils ne sont qu'une
boule de cellules pas plus grosse qu'une tête d'épingle.
Les chercheurs ont fait valoir que la technique de clonage a un très mauvais rendement chez l’homme. Pour obtenir un embryon, il faut utiliser des centaines
d’ovocytes, ce qui revient à demander à des dizaines de femmes de se soumettre à un traitement hormonal lourd pour alimenter la recherche en cette précieuse matière première.
Le principe de ces « cybrides » est d'obtenir un embryon « humain » selon le principe du clonage, mais en injectant le noyau d'une cellule
humaine non pas dans un ovocyte féminin (difficile à obtenir) mais dans un ovocyte prélevé chez l'animal (une vache, une brebis… de recueil plus aisé) vidé de son ADN.
« Ce que nous faisons quand nous prenons un ovule animal est que nous enlevons le nucléus de l’ovule. Nous enlevons ainsi non seulement son identité
génétique mais aussi son identité d’espèce. Ce qui fait d’un ovule de vache une vache c’est son ADN nucléaire. Et si nous l’enlevons, ce n’est alors plus une vache » a indiqué le Dr.
Stephen Minger.
Résultat, si la manipulation réussit : un embryon qui possède des cellules contenant des gènes humains dans leur noyau – ce sont les plus importants
fonctionnellement – et des gènes animaux dans leur cytoplasme, héritage direct de l’ovocyte animal.
À partir de ces embryons cybrides, des lignées de cellules souches peuvent être cultivées.
Quant à d'autres embryons interespèces, dont les chimères, qui mêlent cellules animales et humaines, et les « véritables hybrides », où un spermatozoïde
humain est utilisé pour féconder un ovule d'animal, ou vice-versa, la décision a été reportée.
L’an dernier, deux laboratoires de recherche britanniques de renommée internationale (à l'université de Newcastle et au King's College de Londres) avaient demandé à
l’HFEA l’autorisation de mener des recherches sur des embryons ainsi créés (qui seraient à 99,9 % humains et 0,1 % animaux), suscitant une vive polémique. Leur projet : non pas de produire des
hommes-singes, mais de travailler sur les cellules souches que fourniraient des embryons issus de clonage, cellules qui pourraient permettre de traiter des dégénérations cellulaires.
Le clonage d’embryon est déjà autorisé en Grande-Bretagne. Pourquoi alors repousser encore les frontières et demander à créer des embryons chimères par clonage ?
Pour l’opinion publique britannique, le pas franchi n’est pas si grand. Le pays où est né le premier bébé FIV, -alors si scandaleux, et également la sulfureuse Dolly-, a autorisé de longue date
la recherche sur des embryons fécondés in vitro et non utilisés (interdite en France, sauf dérogation), puis la création d’embryons humains pour la recherche, puis, plus récemment, la création
d’embryon humains par clonage – toutes choses proscrites dans l’Hexagone…
Londres entend rester en tête des pays les plus avancés dans la recherche sur les cellules souches embryonnaires.
Des prémices d’embryons hybrides ont déjà été obtenus dans des laboratoires de recherche travaillant sur fonds privés, la société américaine Advanced cell technology
en tête.
Le gouvernement britannique avait présenté en mai un projet de loi permettant ce type de "transfert nucléaire" (transfert de noyau) en vue de créer des
embryons hybrides, mais le Parlement n'a pas encore statué sur la question. La plupart des grands pays n'ont pas non plus légiféré sur ces recherches, à l'exception des Etats-Unis et de
l'Australie, qui les ont interdites.
Le seul pays à avoir déjà autorisé la création d'embryons hybrides est la Chine, où ils sont maintenus en vie jusqu'à un stade assez avancé.
sources :
En Gébé, les opposants pour le moment sont l'église catholique & les groupes anti-avortement... est-ce la seule position possible pour s'opposer à cela ?
faut-il s'y opposer ?
en gros la question est : faut-il réaliser tout ce qu'il est possible de réaliser techniquement ? ou y a-t-il 1 limite
absolue : 1 impératif catégorique (Kant) : 1 impératif éthique faisant que ça n'est pas à l'éthique de s'adapter époque après époque aux évolutions technologiques puisque cet impératif éthique ne
peut être soumis à aucune condition ?
car j'ai l'impression qu'on pense que la question éthique ne se pose plus puisque la technique résoud de plus en plus de cas difficiles... alors que c'est justement pour ça que la question
éthique doit se poser de plus en plus ?
autre question :
" Compte tenu des protections déjà accordées ou demandées au titre de la propriété
intellectuelle, les coûts liés aux redevances « pourront mettre des thérapies ou des tests utiles hors de portée [des pays en développement] et de la majeure partie de leur population », a
souligné le Rapport du Comité international de bioéthique de l’UNESCO (CIB) sur Éthique, propriété intellectuelle et génomique.
Faut-il protéger ces « découvertes » et priver certains êtres humains des avantages qu’elles promettent ? Ou bien faut-il réduire dans ce
domaine la protection de la propriété intellectuelle et courir le risque de voir les entreprises renâcler devant des investissements dont la rentabilité ne serait plus garantie ? Bien que les
découvertes de la génétique confèrent une nouvelle dimension à ce problème, il existait déjà, notamment à propos des médicaments anti-sida, protégés par des brevets et donc trop chers pour
certains pays."
"(...) ce qui complique un peu les choses, aujourd'hui, c'est qu'on utilise les gènes, les cellules, les tissus. C'est une vague d'espérance
qui est soulevée par ces biotechnologies. Cela va nous permettre de guérir des maladies jusqu'alors incurables. Oui, il faut y aller, pour guérir. D'ailleurs, chaque fois qu'il s'est agi de
guérir, il n'y a pas eu tellement de problèmes. Quand on a pris un gène d'insuline, par exemple, qu'on l'a mis dans une bactérie qui s'est mise à fabriquer de l'insuline pour aider les
diabétiques, bravo pour l'industrie pharmaceutique. Même chose pour l'hormone de croissance... mieux vaut agir par génie génétique qu'utiliser les hypophyses, avec les conséquences que l'on
sait.
De même, quand on a introduit des gènes humains chez des animaux... Personne ne voit de problème, à ce niveau, lorsqu'il s'agit d’œuvrer pour
guérir. C'est d'ailleurs dans cette ligne que l'on a commencé à parler de cellules. Les gènes ne sont pas très faciles à véhiculer ; en revanche les cellules se manipulent mieux, et si l'on peut
remplacer les cellules anormales et les cellules vieillissantes par des cellules normales et jeunes, quelle merveille ! Alors ces cellules jeunes et normales, il faut pouvoir en disposer, et
pouvoir les orienter à volonté, pour poser des cellules sanguines, musculaires, nerveuses, hépatiques... pour traiter les leucémies, les parkinsoniens, les myopathes...
Mais comment se procurer ces cellules ? Première possibilité, la cellule embryonnaire. Et nous voilà avec une idée de recours à des cellules
embryonnaires pour venir au secours de malades incurables. Mais alors là, malgré tout, on franchit un nouveau cercle. Guérir, c'est parfait, mais la vie instrumentalisée au service de la vie, là,
manifestement, nous franchissons une limite, et il conviendrait d'y regarder de plus près : avons-nous le droit d'instrumentaliser les cellules embryonnaires et de considérer les embryons comme
une réserve de matière première ?
Deuxième façon de se procurer ces cellules-souches : le transfert nucléaire (pour ne pas dire clonage thérapeutique). A la limite, ce
transfert serait concevable, s'il ne soulevait une autre question, grave, celle de l'approvisionnement en ovules, en grande quantité, avec, évidemment, en arrière-plan, un véritable marché
d'ovules. Et cela pose un véritable problème éthique... que je refuse !
Il y a, enfin, une troisième façon de se procurer des cellules-souches. Nous savons désormais que,
contrairement à ce que nous avons appris, les cellules nerveuses se renouvellent. Nous avons donc, y compris dans notre système nerveux, des cellules souches capables de donner des cellules
nerveuses et même des cellules sanguines, hépatiques, si elles sont correctement utilisées. La bonne voie est, probablement, celle-là. C'est pourquoi, à titre personnel, je ne suis pas favorable
à ce que l'on se précipite vers la méthode la plus évidente, la plus facile, mais qui nous conduit, véritablement à la transgression d'un interdit, et cela, très probablement, pour une période
relativement courte. Car, assez rapidement, c'est aux cellules-souches adultes que nous aurons recours.(...)"
ÉTHIQUE ET GÉNÉTIQUE
La réflexion scientifique nous interroge sur l'idée même que l'on veut avoir de l'homme
Jean-François MATTEI
(Conférence de la Sffem et du DEA éthique médicale et biologique) - Juin 2001
http://infodoc.inserm.fr
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