le soleil de onze heures entrait dans la cuisine
il mordorait & réchauffait là où se posait sa trace lumineuse
les carreaux ocre du sol
le bois blond ciré du vieux bahut
l’air même où il révélait les particules scintillantes
de poussière impalpable dérivant paresseusement
jusqu’aux fruits amoncelés sur le plat en faïence
& aux légumes étalés sur la table
& dont les belles carnations étaient rehaussées
par cette magie au fluide inépuisable qui avait vibré
dans des espaces glacés
expulsé d’une étoile
à des millions de kilomètres de ce petit endroit
pour venir y effleurer
avec la légèreté infinie d’une main de spectre affable
les oranges pulpeuses à croquer à pleine bouche
les noires aubergines vernissées
les pommes rouges piquées de gris à manger au couteau
les beaux poivrons verts et rouges
les citrons d’un jaune acide
& une belle citrouille jaune orangé en majesté
au milieu de cette confusion de couleurs
les angles de la pièce qui étaient restés dans l’ombre étaient frais
l’odeur sèche plus terreuse que végétale
de l’herbe brouie apportée par la chaleur qui pénétrait par bouffées
n’arrivait pas jusqu'à eux
elle restait concentrée dans le rayon oblique
sans se mêler au lourd arôme du café de l’autre côté
comme un visiteur hésitant à franchir
cette frontière tracée par le cerveau trompé par l’œil
qui lui fait croire à la simultanéité de deux mondes distincts
l’un clair l’autre obscur
là où n’agissent que les lois de la réfraction de la lumière
parce que nous sentons avant de raisonner
parce que le perceptible vient à nous avant l’imperceptible
12.09.98
derniers comms