coïncidence la nuit tomba à l'instant où se réveilla : schlaaa !... tombée la nuit
se leva salle d'eau visage aspergé d'eau froide cheveux peignés avec les doigts écartés puis direction la cuisine sur la table la cafetière café froid du matin dans l'évier & prépara du frais du chaud ouvrit ensuite plusieurs portes pour trouver saucisse sèche échalotes miel tout ça avec du pain en fit son repas...
puis s'assit à son bureau une chemise en carton ouverte en évidence contenant de nombreux feuillets couverts de mots… mots écrits à l'encre bleue & annotés à l'encre rouge… éparpilla en un éventail approximatif les feuilles & les considéra avec un intérêt mitigé…
referma la chemise la repoussa vers le bord gauche du plateau… amena à lui un bloc-notes format standard à petits carreaux déjà bien entamé & alluma la radio… se leva pour aller se servir une seconde tasse de café & revint avec… regardait par la fenêtre en attendant... quelque chose…
posa la tasse & ouvrit le tiroir où s’amassait 1 cinquantaine de pipes… en choisit 1 & commença à la bourrer de tabac blond en plongeant la main dans l’énorme pot à tabac
idées inachevées ou fugitives se greffant sur la musique pensées éparses & confuses cherchant un lieu un lien... images chevauchant des associations des réminiscences… l'épiphanie chez Joyce… c'est simplement comme voir un objet pour la première fois… primitivement…soudainement en prendre conscience… le découvrir sous toutes ses faces & ses surfaces en un éblouissement serein : un déclic qui se produit dans le crâne & toute la réalité profonde qui se découvre… là où il n'y avait rien semble-t-il eh bien maintenant il y a quelque chose à côté d'autre chose… quelque chose qui a une forme un sens une présence... il est surprenant n'est-il pas ? c'est la magie de la conscience… très simple... & très subtil... fallait le trouver… comme un poète... & puis comme un génial artisan soumettre sa perspicacité à quelques applications... alors avec ses mains de musicien il est parti creuser dans les mots... ouais !...
embrasa le tabac qui gonfla à déborder du fourneau… le tassa avec le bout de l’index
s'assit de nouveau à son bureau
la température était douce… un souffle d'air frais porteur d’odeurs végétales donnait vie à cette nuit à la lisière de l'été
d'autres idées venaient… différentes… plus intérieures, plus concentrées… même sans arrêter cela prend du temps d'écrire… on semble à la fois aller vite et peiner… les mots se dessinent vite & lentement… les pages se couvrent vite et lentement
la Nuit… & le Temps à genoux
l'odeur du tabac se mêle à celle du café coupé de whisky… l'artiste est prophète en son pari… il y a des hauts & des bas… la nuit se déchire & chie la voie lactée dans les océans profonds
au coin d’une rue une bande va à l'assaut d'une voiture
le véhicule bute contre un poteau électrique & le suivant le tamponne… les deux voitures explosent… ronflement de la combustion
bientôt il n'y aura plus rien... alors nous pourrons glisser dans le néant
si j'en réchappe ce sera pour toujours... peut-être... peut-être pas... courir dans l'obscurité tiède… ouvrir de secrètes fenêtres sur des émotions qui passent…
une averse à cinq heures du matin & la solitude mélancolique du rêveur éveillé qui soupire un robinet qui gouttegoutte plus loin des enfants qui n'ont nulle part où dormir se rassemblent dans des cages d'escaliers plus loin encore des hommes arpentent les rues glauques à la recherche d'un suicide collectif... tous... êtres errant sans refuge avançant en aveugles
quand le soleil rouge pointe les caniveaux sont des ruisseaux bouillonnants de sang comme de la lave en fusion & qui se tarissent peu à peu avec le lever du jour
la vie de la cité va reprendre les rues sont prêtes la nuit s'enfuit & avec elle ses palpitations qui entrent dans mon être comme un carnaval planétaire un vent d'éternité
j'arriverai fin saoul à l'éternité
nous devenons reptiles
(instruisons-nous du Temps avant que le Temps ne nous instruise)
un mot en provoque un autre… les mots se cherchent eux-mêmes en tâtonnant se reconnaissent se rejoignent… il écrit à l’oreille
en fond sonore maintenant presque imperceptible un disque de jazz... Roy Eldridge & Coleman Hawkins… Eldridge - Hawkins & Coltrane – Ellington… les deux mêmes disques depuis dix ans… deux disques qui lui déchirent le cœur parce qu’ils lui rappellent le temps où tout le monde lui paraissait vivant & lui seul mortel… maintenant… tant de disparus & lui qui reste… toujours abonné aux mêmes disques & au single malt... c’est cela vivre sa mort... c’est être pris au piège du passé au piège des gens qui nous manquent... il le sait, mais c’est plus fort que lui... il boit une gorgée… elle lui remonte dans la gorge… c’est le signe qu’il connaît bien : il pourra boire autant qu’il y aura à boire il ne sera pas soûl… quelle puissance joue donc avec lui pour lui refuser l’asile de l’ivresse & du sommeil sans rêve ?
la nuit est électrique
qui allie le crépitement des feuilles de toutes sortes dans le vent de nulle part à une multiplication ondulante des plans
où est la réalité ? dans cette porte qu’il regarde bien en face… cette porte fermée ? ou dans cette même porte que du coin de l’œil il voit pulser s'ouvrir & se refermer sous l'action d'une main invisible ?
le vent se lève qui chassera bientôt la nuit qui s'en ira à reculons… de mauvais gré
toute la maison craque l’eau circule dans les radiateurs… lorsque dans la nuit les idées sont de nouveau bien alignées chaque grincement du bois des meubles de la charpente de l’escalier devient le signe inquiétant d’une présence invisible
le vent tourbillonnant a amassé les feuilles mortes en tas parfois une feuille se soulève… comme une paupière lourde du grand sommeil… puis s’éloigne doucement... & c’est comme une respiration de la morte saison… nous sommes entre chien et loup… plus chien que loup… les matins sont gris… bourre une nouvelle pipe arrose le tabac trop sec d’une langue de feu debout à la fenêtre il observe impassible les arbres dans le vent les douze chiens errants le martèlement du Temps… en face un homme penché à sa fenêtre scrute l’avenue de droite à gauche & retour puis rentre dans l’ombre, les épaules basses
zig… zag… la volonté… la volonté d’écrire… & que rire… tout vient de là… ouais… tout vient de là… exit les mecs ignobles… adios les filles trop distantes…
mais écrire…
vous végétez alors vous ouvrez au hasard Shakespeare ou Rabelais & vous vous mettez à reverdir… l’exigence... n’oubliez pas… & zig & zag… le côté ensoleillé de la rue n’est pas toujours le plus agréable… on croâconrêve…
dans le rêve on tombe sur des mots… des mots comme hallomégalie… & on apprend qu’il s’agit d’hypertrophie d’un orteil… allus… orteil… allus… allus… phallus… hallucination délire folie… filles aux hanches larges dans le Levi’s à mi-fesses… & zig & zag… nombril à l’air, taille étroite & seins bombés… sous les pulls à col roulé… une explosion de chair chaude… & zig & zag… des pools de poules sous les pulls…
& zig & zag… faire reculer l’horizon dans l’absence des mots… & zig & zag… repousser la nuit… dévoiler les formes… percevoir les couleurs… saisir toutes les gouttes de la mer profonde… avaler la poussière de l’Univers… remonter le Temps… faire trembler les promesses… la mort dans l’âme… à la marge… dans le décalâge des ténèbres… remonter les noyés du petit matin croisant les pendus descendant de la veille… jouer à la feuille morte voltigeant dans le vent d’automne… rester blessé dans sa solitude… pleurer sur l’absence de swing qui fait que tout n’est que bruit & fureur… il y a l’alphabet... souvent alphabête… faut en faire quequ’chose & pas rien… il y a plus de choses au ciel & sur Terre que n’en peut rêver toute ta philosophie Horace … sinon le vers est dans le fruit & la poésie se meurt… & la poésie semeur ? tirer à bout portant sur les malentendus qui bouffent la vie
froid ont les ombres du passé… les sarcophages plaqués d’or ruissellent des sucs des morts… les statues écroulées des dieux oubliés… les colonnes brisées… on remonte la manivelle & tout redémarre
& zig & zag… mot & matière... matière & mot… frémissement du verbe sur vitesse acquise sans troubler l’onde sur la peau l’atermoiement de la chair l’interruption du sentiment… les poètes voient tous la même chose : l’énigme posée par les choses…voir la continuité… tout est onde… le monde entier est onde… de ce que j’entends jusqu’à ce que je vois… & le Temps est matière… grains de Temps dispersés par un hasard métaphysique depuis la soupe cosmique originelle… brèves chandelles errantes nous ne cherchons qu’à nous rassurer
rouleroule le monde comme les têtes rouleroule le monde dans sa ronde folle & désaxée il y avait les pêchés capitaux les pêchés capiteux & le pêché de capital... les gens regrettent hier se résignent à aujourd’hui s’inquiètent de demain... & pourtant tous les jours c’est pareil : c’est la soupe cosmique c’est la coupe comique qui déborde c’est la croupe qu’on nique c’est la croupe cosmique qu’on enfile extarnellement... un trou du cul foireux qui se vide depuis des milliards d’années un cacastrophisme inherrant à sa nature même de trou du cul diarrhéïque & on appelle ça la voie lactée mon cul en haut la gerbe en bas la merde cul en bouche bouche en cul étron étron petit patapon y’a pas à chercher les mots pour le dire... les mots sont là en monceaux las hélas tique le pou qui prend sa tension arthurienne comme un puits sa tension artésienne convocation aux ires célestes punishment sur trente générations spontanées de morpions hip hop hautâme qui nous broutent les couilles sous-culture déraisonnante mais on est toujours le con d’un autre...
souvenir doré d’il y a très longtemps d’un après-midi bleu de ciel limpide au bord de la rivière avec son frère & un ami d’enfance…
les roches brûlantes
l’eau glacée
le torrent qui charrie des blocs de pierre qui rouleroulent bromultueusement
en face sur l’autre rive trop abrupte pour y dresser la tente les pins en formation serrée
en short torse nu les pieds nus échauffés par la marche & plongés dans l’eau vive les épaules la nuque cuisant au soleil
ils ne disent rien ne pensent à rien
ils se laissent berceller par le chant-parlé ondoyellant & roucailleux de la rivellière battellage de l’eau sur les rochers grondellement sourd des cailloux boulant dans le gromulltueux courrellant polyphonie magique de voix féeriques obstinées inlassables matellières & sonalités mêllées
ils respirent dans le soleil l’impalpable embrun qui s’éveille se relève & s’élève dans la transparence de l’air
odeur de l’eau
du flot jaillit l’écume qui s’envole en perles & éclabousse le granit
écailles de lumière sur la pierre miroitante
odeur de la pierre qui sèche rapidement
fusion avec la nature environnante universelle compréhension éternité fugace simultanéité harmonique
pourquoi faudrait-il qu’il se passe quelque chose ?
mais la question sans réponse en attente d'une réponse frappe toujours à la porte… l'écrivain harassé se frotte le menton recouvert d'une barbe de trois jours… est-il tard dans la nuit ? tôt dans la matinée qui s'annonce ? quelle importance ?
bourre sa cinquième pipe de la nuit l'atmosphère de la pièce est totalement brouillée par tant d'émission de fumée chaude & odorante… un rond de fumée puis deux puis trois & écrire pour se demander quoi ?
faut r’monter l’cours des mots… jamais deux fois dans le même fleuve…
le poète n’est qu’une conscience qui se débat qui jamais ne s’endort ses nuits sont blanches ses jours sont rouges c’est comme la lumière tournante d’un phare avancé sur la mer le long de la ligne de fuite le poète descend en soi il descend au secret au sacré dans les profondeurs là où l’art se nique… retrouver l’improbable cohérence originelle solitude profonde plongeon dans l’eau noire il remonte le courant jusqu'à la source les mots sautent dans le parler courant il pose ses filets dans le flot... retenir certains mots laisser les autres s’écouler à travers le tamis il se détache il se fond en lui il disparaît sous la surface des choses sous les apparences… & reparaît… plein de son étonnement… extralucide il soulève le voile… y’a y’a pas y’a y’a pas pourquoi les chaussons ? il doit sortir du puits où il est en réalité... il doit relever la tête & ce vertige n’est pas moindre… on dit que la Vérité sort du puits on dit aussi qu’elle sort de la bouche des enfants… peut-être sort-elle du ventre des femmes ? elle sort par tous les trous... ma queue est la Vérité ! j’ai les couilles pleines de Vérité ! la Vérité c’est la flèche de la Beauté… au-delà des apparences… car les apparences ne sont pas belles… elles sont superficielles… elles sont trompeuses c’est pourquoi il faut s’élancer au-delà
la transparence n’est pas donnée… le poète est à l’œuvre… l’œuvre n’est pas au poète... il n’y a rien à révéler dans l’eau claire... il creuse il cherche à faire son trou... & le dérisoire l’y fera chuter… c’est la chute de l’ange blessé… les sœurs filandières tirent les ficelles… elles font leur pelote… & au bout l’écheveau devient l’échafaud… c’est aux contours de ce trouble que s’élabore la connaissance... c’est à genoux qu’il avance dans le Temps... comme Pénélope tissant à genoux tout le jour chaque jour le suaire pour défaire chaque nuit l’ouvrage du jour… le Temps tisse ses instants les secondes deviennent des minutes les minutes des heures sur le canevas universel








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